Fondation de l'abbaye de Savigny (Manche)

1112

Vue des ruines de l’abbaye de Savigny-le-Vieux (Manche)
© Photographie Henri Vallançon
 

L’abbaye de Savigny et l’église abbatiale - Gravure de l’abbé Lemesle (reconstitution), fin XIXe siècle
Eglise paroissiale de Savigny-le-Vieux
© Paroisse de Savigny-le-Vieux 
 

L’abbaye de Savigny a été créée en 1112 par un ermite prédicateur, saint Vital, dans une forêt donnée par le seigneur de Fougères. Installée à l’extrême limite sud de l’évêché d’Avranches et forte du renom de son fondateur (dont la mort, en 1122, donna lieu au plus connu des rouleaux des morts du Moyen âge), elle se développa très rapidement, créant par essaimage un certain nombre d’abbayes-filles dans le grand ouest et en Angleterre : elle comptait ainsi, avant le milieu du XIIe siècle, une trentaine d’abbayes-filles, réunies en un ordre comparable à celui de Cîteaux.

En 1147, des difficultés internes dues aux tendances autonomistes des abbayes-filles anglaises, notamment Furness, conduisirent l’abbé Serlon à rejoindre, en bloc, avec l’ensemble de ses filles, l’ordre de Cîteaux. L’abbaye de Savigny reçut, dans l’ordre cistercien, une place hiérarchiquement privilégiée, tout de suite après les quatre premières filles de Cîteaux.

L’église abbatiale, consacrée en 1220, était une des plus grandes de Normandie, et les bâtiments conventuels furent conçus pour l’accueil d’une très nombreuse communauté, avec deux réfectoires superposés d’une centaine de places chacun, pour les profès et pour les convers. Le tout fut vendu comme bien national à la Révolution et fut systématiquement exploité, au début du XIXe siècle, comme carrière de pierres ; à cette fin, Savigny fut le théâtre du premier essai de dynamitage d’une construction. C’est le fondateur de l’archéologie médiévale, Arcisse de Caumont, qui intervint, en 1845, pour mettre fin à ce pillage en achetant de ses deniers la porte du réfectoire, dite « porte Saint-Louis », qui était encore en place, et qui l’est restée, aujourd’hui classée Monument historique.

Il ne subsiste aujourd’hui sur le site que quelques bâtiments mineurs, et des pans de murs et des piles privés de leur appareillage extérieur, systématiquement vendu au détail. Le site reste néanmoins très impressionnant, avec ses moignons de la maçonnerie interne, et sa réhabilitation a été prise en charge par la communauté de communes de Saint-Hilaire-du-Harcouët, dont fait partie Savigny, qui en a confié la cristallisation à François Pougheol, architecte du patrimoine. On appelle cristallisation une consolidation et protection des ruines sans aucune restauration ou restitution apparente.

Il est prévu d’avoir une présentation de ce qui a été réalisé à l’occasion du neuvième centenaire de la création de l’abbaye.

 

Emmanuel Poulle †
membre de l’Institut - membre du Haut comité des Commémorations nationales président du comité scientifique de l’association des Compagnons de Savigny

Source : Recueil des commémorations 2012