Autres anniversaires signalés

 

Dresser chaque année la liste des Commémorations nationales oblige à faire des choix, souvent difficiles, afin de mettre l’accent sur des personnalités et des faits majeurs, propres à éclairer la réflexion contemporaine. Mais d’autres anniversaires, dont le retentissement est peut-être moindre, ont aussi pour certains d’entre nous une valeur affective, pour tous un contenu éducatif. Cette rubrique en signale quelques-uns, qui font incontestablement partie de notre culture et de notre patrimoine.

 

Les notices de cette rubrique ont pour auteurs Charles-Louis Foulon, Sylvie Frenkiel et Guy Mourlon.

Institutions et vie politique

Arrêt du Parlement de Paris prononçant la suppression de la Compagnie de Jésus*
6 août 1762

Programme des manifestations
Ordre religieux puissant fixé dès 1551 en France, la Compagnie de Jésus suscita une hostilité croissante et fut fréquemment dissoute.
Très active en matière de théologie, de prédication et d’évangélisation missionnaire, elle se distinguait par la réputation de ses méthodes d’enseignement. Mais son ultramontanisme, son organisation centralisée, sa richesse et son influence politique indisposaient Louis XV ainsi qu’une bourgeoisie parlementaire parisienne aux penchants jansénistes et gallicans, ouverte aux philosophes de l’Encyclopédie. Sa pratique subtile de l’inculturation, son réformisme et une casuistique estimée trop souple gênaient également le clergé.
La faillite de la maison de commerce du père Antoine de La Valette, procurateur des missions en Martinique, cristallisa ces tensions. Condamnés à rembourser solidairement les créanciers, les jésuites firent appel. Le Parlement de Paris confirma le verdict, et ayant examiné leurs constitutions, les jugea contraires aux lois du royaume par arrêt du 6 août 1762 ; il ordonna la dissolution de l’ordre dans un délai de huit mois accordé par Louis XV, qui signa en 1764 la suppression de l’ordre, rétabli en 1814.
* Cf. Célébrations nationales 2004

 

Jacques Soustelle
Montpellier, 3 février 1912 Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), 6 août 1990

Fils d’ouvrier, Jacques Soustelle est reçu premier à l’École normale supérieure puis, en 1932, à l’agrégation de philosophie. Sous-directeur du Musée de l’Homme, membre du comité de vigilance des intellectuels anti-fascistes, il se rallie à la France Libre. Commissaire national à l’information en 1942 puis directeur général des services spéciaux de la France combattante en 1943-1944, il est commissaire de la République à Bordeaux en mai-juin 1945 avant d’être ministre de l’Information puis des Colonies dans le gouvernement provisoire. Secrétaire général du Rassemblement du Peuple Français de 1947 à 1951, député du Rhône (1951-1955 et 1973-1978), Soustelle sera ministre de Charles de Gaulle entre 1958 et 1960, chargé de l’Information puis du Sahara et des Affaires atomiques. Mais, par passion pour l’Algérie française où Pierre Mendès-France l’avait nommé gouverneur général en 1955, il s’exilera de 1962 à 1968. Parallèlement à ses activités politiques, Soustelle fut professeur à l’École des hautes études en sciences sociales, réalisant des films sur les Aztèques et les Mayas. Il siégea à l’Académie française de 1983 jusqu’à sa mort.

 

Marie-Claude Vaillant-Couturier
Paris, 3 novembre 1912
Paris, 11 décembre 1996

Programme des manifestations
Veuve de l’avocat Paul Vaillant-Couturier, secrétaire général de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires, rédacteur-en-chef de L’Humanité et député-maire de Villejuif, Marie-Claude Vaillant-Couturier est restée fidèle à l’engagement communiste de son mari et de son père, Lucien Vogel, directeur de Vu. Ancienne élève du collège Sévigné, reporter-photographe, elle fut chef du service photo de l’organe central du Parti communiste français. Co-fondatrice de l’Union des jeunes filles de France en 1936, arrêtée en février 1942, elle fut déportée à Auschwitz en janvier 1943, puis transférée à Ravensbrück. Devenue secrétaire de la Fédération démocratique internationale des femmes en 1945, elle fut témoin au procès de Nuremberg et y décrivit les expériences de vivisection, de stérilisation et les infanticides. Présidente de la Fondation pour la défense de la mémoire de la déportation et députée de la Seine, elle défendit en 1964 le renforcement de la loi sur « l’imprescriptibilité du génocide et des crimes contre l’humanité ». Quatre fois vice-présidente de l’Assemblée nationale, elle y siégea jusqu’en 1973, année où Georges Marchais reprit sa circonscription d’Arcueil-Villejuif. À sa mort, le ministre des Anciens Combattants salua « cette femme exceptionnelle pour laquelle l’idéologie la plus forte et la plus déterminée est restée l’amour de son pays, la France ».

 

Loi sur les secteurs  sauvegardés*
4 août 1962
« À l’échelle du pays, l’initiative privée devient secondaire, sinon négligeable. Les problèmes posés par le quartier du Marais, plus encore par celui de la Balance à Avignon, par tant d’autres le montrent » : lorsqu’André Malraux1 énonce ces certitudes devant les députés, le 23 juillet 1962, il sait que le projet de loi qu’il défend va être adopté.
Promulguée le 4 août 1962, la loi prévoit des plans de sauvegarde et de mise en valeur déterminant le devenir de chaque parcelle susceptible d’être démolie, restaurée ou reconstruite. Elle planifie l’évolution des secteurs où l’on distingue les parties à réhabiliter de parties à rénover dans lesquelles les promoteurs pourront bâtir, y compris dans des zones « présentant un caractère historique, esthétique ou de nature à justifier la conservation, la restauration et la mise en valeur de tout ou partie d’un ensemble d’immeubles ». Le quartier Saint-Jean de Lyon bénéficie de ces dispositions dès 1962 ; elles s’appliquent à Besançon, Sarlat et Saint-Germain-en-Laye en 1964. On dénombre 40 secteurs sauvegardés huit ans après, grâce à des crédits provenant majoritairement du ministère de la Construction mais en fonction de principes définis par le jeune ministère des Affaires culturelles. Pour son fondateur, la sauvegarde d’un quartier ancien, c’est « en préserver l’extérieur et en moderniser l’intérieur », en conservant son style propre mais « pas nécessairement au bénéfice du luxe ».
Grâce à ce que les investisseurs appellent la loi Malraux, perfectionnée en 1977 par des mesures fiscales, plus de cent secteurs sauvegardés existent au début du XXIe siècle ; sont ainsi préservés le quartier du Marais à Paris et nombre de centres anciens d’agglomérations (Bordeaux, Chartres, Montpellier). Signé le 23 décembre 2008, le centième arrêté a bénéficié à Nérac, siège de la cour du futur Henri IV et de son épouse Marguerite de Valois.
Comme l’avait pressenti le conseiller d’État Henry de Ségogne, la loi a donc aussi favorisé la revitalisation de cités anciennes telles Pézenas, Richelieu, Uzès.
André Malraux s’était élevé contre des reconstructions-pastiches aboutissant inévitablement à la contrefaçon ; la série des secteurs sauvegardés s’est donc ajoutée aux châteaux, cathédrales et musées dans lesquels l’écrivainministre voyait « les jalons successifs et fraternels de l’immense rêve éveillé que poursuit la France depuis près de mille ans ». Le temps lui a donné raison et permis qu’effectivement, « dans notre civilisation, l’avenir ne s’oppose pas au passé, il le ressuscite ».
* Cf. Célébrations nationales 1986, p. 48 ; 1996, p. 137 ; 2001, p. 56 et 2009, p. 64.
1. C.L. FOULON, André Malraux ministre de l’Irrationnel, Paris, Gallimard, 2010.
X. LAURENT, Grandeur et misère du patrimoine d’André Malraux à Jacques Duhamel, Paris, École nationale des Chartes, 2003.

Littérature et sciences humaines

Fondation  de la Société d’histoire  des colonies
1912
L’actuelle Société française d’histoire d’outre-mer ne s’est pas toujours appelée ainsi. En effet, c’est en juin 1912 qu’Alfred Martineau créa la Société d’histoire des colonies françaises. Dans la lignée des sociétés savantes déjà existantes, cette nouvelle venue avait pour but, selon son fondateur, d’étudier toutes les questions relatives à l’histoire des colonies appartenant ou ayant appartenu à la France. Dès 1912, A. Martineau indiquait qu’il s’était proposé d’éditer une revue trimestrielle publiant des documents originaux et des volumes d’histoire. Aujourd’hui encore, ces publications attirent l’attention non seulement des historiens, mais aussi des bibliophiles. D’anciens documents d’archives, édités avec soin, sont toujours recherchés par les familles et par les curieux, historiens ou non. Certes, le contexte a changé ; la période coloniale étant passée, la société s’est adaptée aux nouveaux environnements mondiaux. Si les premiers membres étaient des administrateurs passionnés par l’image de la France d’alors dans le monde, aujourd’hui des historiens de métier ont pris la relève en publiant les résultats de leur recherche, en correspondance avec l’évolution des thématiques et des méthodes universitaires.

Beaux-arts, musique et cinéma

Maurice Emmanuel
(texte de Christophe Corbier, chanteur-pianiste, auteur-compositeur)
Bar-sur-Aube (Aube), 2 mai 1862
Paris, 14 décembre 1938

Compositeur, helléniste, historien de la musique, pédagogue, professeur au conservatoire de Paris de 1909 à 1936, Maurice Emmanuel a été un acteur capital de la vie musicale et intellectuelle sous la Troisième République. De 1880 à la fin des années 1930, Emmanuel a suscité l’admiration des savants et des artistes qui ont croisé son chemin: musiciens (Franck, Delibes, Dukas, Messiaen, Dutilleux), peintres (Maurice Denis), hommes de lettres (Romain Rolland, Jacques Copeau), philosophes (Bachelard, Maurice Blondel), savants (Jules Marey, Théodore Reinach), tous ont salué une personnalité originale qui s’est affirmée dès ses années de formation au Conservatoire et à la Sorbonne, entre 1880 et 1895.
Maurice Emmanuel, musicien dans l’âme, s’est d’abord illustré par des travaux scientifiques originaux : La Danse grecque antique (1896), où il a restitué les mouvements des danseurs de l’Antiquité à partir des vases et des sculptures, ouvrant des perspectives aux chorégraphes contemporains ; l’Histoire de la langue musicale (1911), dans laquelle il a retracé l’évolution de la musique depuis l’Antiquité jusqu’aux premières années du vingtième siècle.
Parallèlement, Maurice Emmanuel s’est consacré à la composition. Si son catalogue ne comporte qu’une trentaine d’œuvres, c’est parce qu’il a détruit une bonne partie de sa production musicale au début des années 1920. Il reste cependant l’auteur de pièces pleines de vie, qui se caractérisent par l’emploi des modes diatoniques et par l’usage d’une rythmique raffinée. Outre les six Sonatines pour piano qu’admiraient Busoni, Cortot et Yvonne Lefébure, il a composé deux « tragédies lyriques », Prométhée enchaîné et Salamine, louées par Dukas et Vladimir Jankélévitch, deux symphonies, des sonates, des mélodies et le recueil des Trente chansons bourguignonnes du pays de Beaune. Enfin, grâce à son enseignement au Conservatoire, il a formé plusieurs générations de musiciens, qui ont bien souvent conservé un souvenir fidèle de ce maître, dont les œuvres connaissent aujourd’hui un très légitime regain d’intérêt.

 

Création du Musée des antiquités nationales
8 mars 1862

Napoléon III, passionné d’histoire et d’archéologie, décida par décret du 18 mars 1862 de créer un Musée d’antiquités celtiques et gallo-romaines et de l’installer au château de Saint-Germain-en-Laye, ancienne résidence royale. Le 8 avril 1863, le bâtiment, en très mauvais état, est classé au titre des monuments historiques. Restauré dans son état Renaissance de 1862 à 1867 par l’architecte Eugène Millet, le château actuel se présente tel qu’il a été construit par François Ier. Le 12 mai 1867 les sept premières salles sont inaugurées par l’empereur. Puis, dès 1880, vingt salles sont ouvertes au public. Aujourd’hui le musée, qui a bénéficié de plusieurs rénovations, conserve une des collections archéologiques les plus riches du monde : deux millions d’objets en réserve, dont 29 000 exposés dans les sept départements (paléolithique, néolithique, âge du bronze, âge des métaux, Gaule romaine, Gaule mérovingienne, département d’archéologie comparée). Depuis le 22 juin 2005, le musée, par décret du Ministre de la Culture et de la Communication, s’appelle Musée d’archéologie nationale, le vocable « antiquités » n’exprimant pas assez l’actualité de la recherche archéologique.

 

Fernand Pouillon
(texte de François Goven, Inspecteur général de l’architecture et du patrimoine )
Cancon (Lot-et-Garonne), 1912
Belcastel (Aveyron), 1986

Fils d’un entrepreneur en travaux publics d’origine marseillaise, Fernand Pouillon commence à 22 ans sa carrière par la construction d’immeubles de logements, d’abord à Aix-en-Provence, ensuite à Marseille.
Diplômé de l’École des beaux-arts de Paris en 1942 (Ateliers de Paul Bigot puis d’Eugène Beaudouin), il se fait remarquer par la réalisation du stade municipal d’Aix-en-Provence (1946), puis par l’ensemble de logements de la Tourette à Marseille. Les opérations des Deux cents logements à Aix (1951), puis des façades des immeubles du Vieux-Port de Marseille (1950-1953) lui assurent une notoriété qui l’amène à poursuivre sa carrière de bâtisseur à Alger (opération « Climat de France » en particulier), puis en Iran.
Il crée en 1955 une structure de promotion immobilière, le comptoir national du logement (CNL), qui lui permet la réalisation de remarquables ensembles de logements collectifs en Ile-de-France : Pantin (1957), Montrouge (1958), Meudon-la-Forêt (1959). Les difficultés de gestion amènent la liquidation de sa société à l’occasion de la réalisation de l’ensemble du Point-du-Jour à Boulogne-Billancourt avec, comme conséquence la ruine, le scandale, la prison et l’interdiction d’exercer. L’Algérie devient alors une seconde patrie pour Fernand Pouillon ; de 1964 à 1984, il y réalisera de nombreux programmes, notamment plusieurs complexes hôteliers (Ghardaïa, Sidi-Ferruch, Tipaza, etc.). Amnistié en 1971 par Georges Pompidou, il sera élevé par François Mitterrand en 1984 au rang d’officier de la Légion d’Honneur. Il décède en 1986 dans son château de Belcastel dans l’Aveyron qu’il avait relevé de la ruine.
L’architecture de Fernand Pouillon reste caractérisée par une remarquable recherche d’innovation constructive, un souci permanent du contexte et une constante volonté d’associer à ses réalisations ses amis artistes, céramistes notamment.
Entrepreneur infatigable, Fernand Pouillon a également mené à côté de sa carrière d’architecte international des activités d’écrivain (Les Pierres Sauvages, Mémoires d’un Architecte), de collectionneur et d’éditeur.
Très critiqué par la profession toute sa vie durant (à l’exception notable d’Auguste Perret), Fernand Pouillon verra son architecture largement reconnue à partir des années 1990. En témoignent les nombreux colloques, expositions et publications désormais consacrés à son œuvre. Plusieurs de ses réalisations ont été protégées au titre des Monuments historiques ou labellisées « Patrimoine du XXe siècle ».

 

Alfred Cortot
(texte d’André Talmard, historien, président de la Société des Amis des Arts et des Sciences de Tournus)
Nyon (Suisse), 26 septembre 1877
Lausanne (Suisse), 15 juin 1962

Programme des manifestations
D’origine franco-suisse, Alfred Cortot (1877-1962) est considéré comme le plus illustre des pianistes français de son temps. Mais il a été tout autant un pédagogue réputé et influent, faisant alterner tout au long de sa vie concerts et enseignements.
Il donne en 1902 la première exécution du Crépuscule des Dieux en France, ainsi que celle du Requiem allemand de Brahms, et la Légende de sainte Elisabeth de Liszt. Il fonde en 1905 avec Pablo Casals et Jacques Thibaud un trio de musique de chambre, dont la réputation internationale sera vite établie. En 1919, il crée avec Auguste Mangeot l’École normale de musique de Paris, qui porte désormais son nom. Ses ouvrages de musicologie restent toujours des références (Les principes rationnels de la technique pianistique ; La musique française de piano), tout comme ses interprétations de Chopin, Schumann, Schubert, Liszt, Brahms, Debussy, et tant d’autres, gravées dans la cire. Enfin, il faut compter au nombre de ses élèves de très grands pianistes du XXe siècle : Clara Haskil, Samson François, Setrak, Yvonne Lefébure, Marcelle Meyer, Vlado Perlemuter, Thierry de Brunhoff, etc.
L’immense notoriété qu’il a acquise au cours de l’entre-deux guerres l’amène, à partir de 1940/41, à assurer plusieurs missions dans le cadre du Secrétariat général des Beaux-Arts. Il pourra ainsi organiser la profession musicale, grâce à la création, fin 1943, du Comité professionnel de l’art musical et de l’enseignement libre de la musique, dont il sera le premier président. Toutefois, son comportement non exempt de reproches et complaisant envers l’idéologie du régime de Vichy, lui vaudra de sévères critiques.
Après la guerre, il retrouvera toute son audience de grand pianiste international, donnant entre 1945 et 1958 près de mille concerts dans le monde. Le Japon, qui en 1952 donne son nom à l’une de ses îles – Cortoshima – illustre bien le rayonnement d’Alfred Cortot au soir de sa vie. Il est enterré au Villars, près de Tournus, où sont ses racines paternelles.

Sciences et techniques

Ambroise Paré* devient premier chirurgien du roi
1562
Le Bourg-Hersent (près de Laval) vers 1510
Paris, fin décembre 1590
Programme des manifestations
Ce fils d’artisan né vers 1509 débute comme apprenti-barbier. Il s’instruit seul puis exerce vers 1529 à l’Hôtel Dieu de Paris, où il apprend l’anatomie et la dissection avant de s’engager comme chirurgien militaire.
Sur le terrain, il révolutionne la cautérisation des plaies en remplaçant le fer rouge et l’huile bouillante par un onguent suppuratif. Travailleur acharné, il opère avec talent et humanité (amputations, trépanations…), met au point la ligature des vaisseaux après mutilation et bien d’autres techniques, invente de nombreux instruments. Il est vite réputé.
En 1545, il soigne le duc François de Guise (Le Balafré) et publie en français un manuel de chirurgie ainsi qu’un précis d’accouchement et d’anatomie, qui seront suivis d’autres ouvrages vulgarisateurs traduits et diffusés dans toute l’Europe.
Non latiniste, il ne devient maître en chirurgie qu’en 1554 avec l’appui d’Henri II, qu’il servira comme ses trois successeurs. En 1562, il est nommé premier chirurgien du roi Charles IX.
Professionnel exigeant et croyant (« Je le pansay, Dieu le guarist »), attentif au moral du patient, ce « père de la chirurgie moderne » soigna « les pauvres comme des rois ».
* Cf. Célébrations nationales 1990, p. 35 ; 2004,  et 2009

 

Pierre Fidèle Bretonneau
Saint-Georges-sur-Cher (Loir-et-Cher), 3 avril 1778 Passy (aujourd’hui Paris XVIe), 18 février 1862
Programme des manifestations
Issu de sept générations de chirurgiens, né dans le village où son père était maître-chirurgien, Pierre Bretonneau est élève de l’école de santé de Paris à 17 ans. Officier de santé, il se marie à Paris le 18 mai 1801 et regagne la Touraine. À Chenonceaux, dont il est maire de 1803 à 1807, il soigne souvent les pauvres gratuitement et vaccine contre la variole. Docteur en médecine en 1815, il devient médecin-chef de l’hôpital de Tours ; jusqu’à sa retraite en 1838, il y multiplie les expériences et pressent la nécessité de l’antisepsie des plaies.
En observant ses malades, le docteur Bretonneau fut le premier à penser que les maladies étaient causées par les microbes ; ayant identifié la diphtérie et la fièvre typhoïde, il professa que chaque maladie contagieuse provenait d’un germe particulier. Il améliora les traitements de la variole et de la scarlatine, s’intéressa à l’acupuncture et sut aussi préconiser une posologie de traitement du paludisme par la quinine.
Si, en 1862, ce pionnier de la médecine moderne fut enterré à Saint-Cyr-sur-Loire, son rôle justifie que l’hôpital de Tours ait pris son nom, donné aussi en 1899 à un des trois hôpitaux pour enfants de Paris, devenu un hôpital de gériatrie au XXIe siècle.

 

Invention du cycle à quatre temps par Alphonse Beau de Rochas
(texte d’André Marnata, arrière-arrière petit-neveu de Beau de Rochas)
1862
Inventeur injustement méconnu, Alphonse Beau de Rochas est né à Digne le 9 avril 1815 et décédé le 27 mars 1893 à Vincennes. Il est le fils d’Alexandre Beau, receveur municipal, né à Serres dans les Hautes-Alpes, et de Thérèse Lucrèce Jacques de Rochas, dernière descendante de la famille de Rochas d’Aiglun, de Digne. C’est le grand-oncle du jeune Alphonse, Henri Justin Jacques de Rochas, domicilié à Orléans et sans enfant qui, souhaitant un héritier et la survie du nom des Rochas d’Aiglun, est à l’origine du nom « Beau de Rochas ».
Beau de Rochas est l’auteur de très nombreux travaux et projets dont une Étude sur l’approvisionnement en eau de la ville d’Arles (1848), un Mémoire sur l’irrigation de la Haute-Camargue (1849), la Théorie « de la chaînette » (1852), un Plan-carnet de la ville de Paris (1852), mais aussi un Projet pour les docks de Dijon (1852), un Projet de communication tubulaire sous-marine à travers le détroit du Pas-de-Calais (tunnel sous la Manche, 1859) et un Projet de chemin de fer transsaharien (1897-1891) ; il est le premier à fournir une définition mathématique du moteur à réaction. Mais, c’est un brevet déposé le 16 janvier 1862 qui fait entrer Beau de Rochas dans l’histoire des sciences, celui du cycle à quatre-temps du moteur à explosion : admission-compressionexplosion-échappement ; première définition jamais connue, et qui permit l’essor de l’automobile au vingtième siècle.
C’est ce brevet dont on commémore le cent-cinquantième anniversaire en 2012.

 

Roland Garros* relie, pour la première fois par les airs, l’Afrique et l’Europe (Tunis-Trapani)
18 décembre 1912
Saint-Denis (La Réunion),
6 octobre 1888
Saint-Morel (Ardennes),
5 octobre 1918

On peut se demander pourquoi le nom de Roland Garros, pionnier de l’aviation, est associé au célèbre stade de tennis. À l’automne 1909, Garros jeune diplômé de l’École des Hautes Études Commerciales (HEC) assiste à un meeting aérien à Reims. C’est pour lui une révélation. Dès avril 1910 il achète un avion, une « Demoiselle », construit par Adolphe Clément-Boyard. L’engin, fragile, est très vite réduit en morceaux par le débutant. Puis il se perfectionne et participe à plusieurs manifestations (Cholet, Rennes, Dinard) ; avec un moteur plus puissant il réussit a atteindre la vitesse de 150 km/h. Invité aux États-Unis, il y restera une année, participant à de nombreuses exhibitions. Mais c’est l’année 1912 qui devient pour lui l’année de tous les succès. Plusieurs records le rendent alors célèbre : le 18 décembre il relie, pour la première fois par les airs, l’Afrique et l’Europe, avec un vol de 285 km de Tunis à Trapani (Sicile). Auparavant, le 6 septembre, il avait battu le record d’altitude 4 900 m sur un « Blériot » et, le 11 décembre, 5610 m sur un « Morane-Saulnier ». Les 21 et 22 décembre, il achève son voyage sur Rome, avec plusieurs escales. Dix années après sa mort, son ancien camarade d’HEC, Émile Lesieur, président du Stade Français, baptisera de son nom le stade de tennis nouvellement construit.

* Cf. Célébrations nationales 1988, p. 65.

 

Signature à Paris de l’acte de fondation du Conseil européen de recherches spatiales, le CERS
14 juin 1962

En pleine Guerre froide, le lancement par les États-Unis et l’URSS de leurs premiers satellites met les questions spatiales au centre de débats politiques et scientifiques internationaux qui mobilisent l’Europe.  Face à la nécessité d’une autonomie européenne, des scientifiques, percevant de nouveaux champs de recherche, proposent de constituer un programme spatial scientifique européen. 
Le Conseil Européen de Recherches Spatiales est créé le 14 juin 1962, presque en même temps que le Centre Européen pour la Construction de Lanceurs d’Engins Spatiaux (CECLES). Il regroupe dix pays et a comme objectif la réalisation de satellites artificiels scientifiques. Doté d’une administration et de centres techniques, le CERS réussit mieux que le CECLES et lance plusieurs satellites mis sur orbite par  des fusées de la NASA.
Mais des désaccords entre les pays membres retardent les projets, et après l’échec du lanceur Europa, le CERS et le CECLES fusionnent en 1975, donnant naissance à l’Agence spatiale européenne. Cette dernière pilotera le développement des lanceurs et des satellites et mettra les nouvelles applications pratiques de l’espace au service de la technologie.

Économie et société

Fondation de l’Œuvre de Secours aux Enfants
1912

Programme des manifestations
C’est en Russie, vers 1910-1911, alors que les populations juives souffrent d’un antisémitisme brutal et subissent régulièrement les violences des pogroms, que des membres de l’intelligentsia juive créent des organismes d’entraide. Ainsi à Saint-Pétersbourg, en 1912, conscients de la disparition physique des individus et inquiets des lois discriminatoires, des médecins, des avocats, des professeurs, des étudiants, non résignés, créent l’Œuvre de Secours aux Enfants (O.S.E.). L’association destinée au secours des enfants et à l’assistance médicale aux juifs persécutés, vient en aide à plusieurs milliers d’enfants pendant la Seconde Guerre mondiale. En juin 1940, les dirigeants de l’O.S.E., à l’approche des troupes allemandes, évacuent les enfants dans la région parisienne et vers le sud de la France. Dès 1942, alors que les mesures répressives se multiplient (rafles), le travail devient clandestin et les enfants sont placés dans des familles d’accueil sous de faux noms. Depuis 1933, le siège de l’O.S.E. est à Paris. L’association, reconnue d’utilité publique en 1951, perpétue aujourd’hui sa mission d’accueil et de protection sanitaire des populations juives en difficulté.