Fondation de la Compagnie de la Louisiane

14 septembre 1712

À la suite des explorations de Jolliet, Marquette et Cavelier de La Salle, la colonisation de la Louisane est entreprise par Lemoyne d’Iberville en 1699. Deux comptoirs sont fondés à Biloxi, puis à l’Île Dauphine, un fortin élevé dans l’embouchure du Mississippi, l’ébauche d’une petite ville dessinée à La Mobile. Durant cette première étape, la colonie est administrée sous la régie du roi, à partir de Québec. La situation se dégrade très rapidement, car la guerre de Succession d’Espagne, déclarée en 1701, affaiblit considérablement le royaume. Plusieurs tentatives sont menées, de 1708 à 1710, pour confier à une compagnie d’associés de La Rochelle et de Saint-Malo, le commerce de la Louisiane. La situation est confuse dans la colonie, qui n’est peuplée que d’un peu plus de 200 Français et Canadiens, et la Couronne cherche à en céder la charge.

 

Le banquier Antoine Crozat (1655-1738) – l’une des deux plus grandes fortunes de France avec celle des Condé – accepte le 14 septembre 1712, de se porter à la tête d’une Compagnie de la Louisiane. Receveur des Finances de Bordeaux (1689), il a depuis longtemps bâti sa prospérité sur le trafic de l’argent, le négoce maritime et la guerre de course. Il contrôle la Compagnie de Guinée (1701), et organise la traite négrière dans les Indes espagnoles et à Saint-Domingue, où il échoue dans le développement du tabac, mais réussit dans le négoce du sucre.

 

En quoi consiste ce privilège signé pour 15 ans ? Crozat reçoit le monopole du commerce sur le Mississippi, le Missouri et la Wabache, pour les produits des mines, des bâtiments, de la soie, du cuir, de la laine et de l’indigo, ainsi que la propriété perpétuelle des territoires exploités. Cependant, à sa grande déception, il n’obtient pas le privilège de l’Illinois, ni celui des fourrures de castor, qui lui est attaché, disposition destinée à rassurer les Canadiens de Nouvelle-France. Il s’engage en contrepartie du privilège, à envoyer au moins deux bateaux par an dans la colonie, chargés d’au moins 20 jeunes hommes et filles, et de 35 tonnes de marchandises pour le roi.

 

Parvenus en Louisiane en juin 1713, le gouverneur Lamothe-Cadillac et l’ordonnateur Duclos trouvent une colonie faible et misérable : à l’Île Dauphine, pas plus de 16 habitants ; à La Mobile 19 familles et quelques garçons, une garnison de 67 hommes dont 10 invalides. Tous, manquant des vivres nécessaires. Les divergences d’intérêt entre les deux hommes ne se révèlent pas de nature à améliorer la condition des colons, déjà privés des échanges traditionnels de vivres : plus de bateaux des Antilles pour faire le troc, plus de commerce de volailles et de légumes avec Pensacola. En dépit de l’apport d’environ 200 hommes en trois ans, le rendement des exploitations s’avère très faible. La main-d’œuvre paysanne est insuffisante, les agents de la Compagnie de la Louisiane achètent les produits au rabais, les habitants finissent par céder à perte concessions et esclaves, résolus à retourner en France.

 

En 1716, Crozat – qui a réclamé en vain une politique royale d’émigration volontaire ou forcée vers la colonie, et qui a été contraint en 1714 d’avancer le paiement des soldats et officiers du roi – rédige un mémoire décrivant le « désordre horrible » de la Louisiane, préconisant la construction d’une chaîne de huit postes fortifiés allant de La Mobile au Canada... et déclarant un passif de plus d’un million. Ayant échoué faute d’investissement initial et d’une gestion correcte des hommes, Crozat remet son privilège au Conseil de régence en janvier 1717. Ce monopole sera repris par la Compagnie d’Occident de John Law.

 

Gilles-Antoine Langlois
maître associé – ENS d’architecture de Versailles chargé de cours à l’université de Paris Est Créteil

 

Voir aussi Publications électroniques 2003 : La Louisiane française (1682-1803)


Programme des manifestations

Édition

Marcel Giraud, Histoire de la Louisiane française, La Compagnie des Indes
Paris, L’Harmattan, 2012, 540 p.

Médias-Com  - Filmographie - Archives et documentation

. Sites Internet :

La Louisiane française (1682-1803)
Site du Ministère de la Culture et de la Communication (bicentenaire de 2003)

Association

Association France-Louisiane Franco-Américanie
17 Avenue Reille 75014 Paris
tél : 01 45 88 02 10 ; fax : 01 45 88 03 22
courriel : flfa@free.fr
Publication d'une gazette, tirée à 2 000 exemplaires, 4 fois par an, dont 500 adressés aux personnalités et milieux associatifs francophones tant en France qu'aux Etats-Unis