Publication de La colline inspirée de Maurice Barrès

1913

Si l’année 1913 ouvre le XXe siècle littéraire, avec la parution de Du Côté de chez Swann, de Proust, ou d’Alcools, d’Apollinaire, la publication de La Colline inspirée de Barrès referme plutôt un XIXe siècle informé par le Romantisme. Point de concentration de l’œuvre barrésienne, ce livre constitue aussi la caisse de résonance d’une Belle Époque hantée par l’idée de décadence, marquée par l’affirmation du nationalisme comme par la conversion souvent ostentatoire de certains écrivains au catholicisme. Étayé par la documentation accumulée sur la colline de Sion et l’aventure spirituelle des frères Baillard, ces prêtres tombés dans l’hérésie, farci des méditations de l’auteur sur le lieu qui l’a inspiré, La Colline inspirée est un curieux roman, où l’histoire le dispute à la fiction. Au reste, l’auteur lui-même a mis son lecteur en garde : « On doit lire en épigraphe, sur la couverture d’un tel livre : Vérité et Poésie. »

 

Dans l’œuvre de Barrès, La Colline inspirée réalise le dépassement de l’opposition entre ce que lui-même appelait « le mode dorique » et « le mode ionique », entre les œuvres marquées par l’esprit de décadence (Du Sang, de la volupté et de la mort) et celles qu’anime un didactisme nationaliste aujourd’hui difficilement supportable (Les Déracinés), au point d’être salué par Albert Thibaudet comme « un magnifique livre de poésie religieuse » et plus tard, par Malraux, comme le « roman le plus intéressant » de Barrès, ou, par Marguerite Yourcenar, comme « un grand livre ».

 

Soucieux de « l’ordre public » et de « la santé publique », également « intéressés à ce que les sentiments religieux s’épanouissent dans les cadres fermement établis sous une discipline et une hiérarchie », Barrès, dans La Colline inspirée, entendait célébrer « l’alliance du sentiment religieux catholique avec l’esprit de la terre ». Comme telle, parée de formules éclatantes qui firent saluer en son auteur un nouvel « enchanteur », le digne descendant de Chateaubriand, La Colline inspirée a des allures de monument, d’autant que sur la colline de Sion, les célèbres phrases d’ouverture sont aujourd’hui gravées dans le granit d’une stèle. « Il y a des sujets qui sont des gouffres », confiait cependant Barrès, comme en écho à la formule célèbre qui ouvre le roman, « Il est des lieux où souffle l’esprit » ; et cette fascination pour les gouffres maintient aujourd’hui vivant ce livre, plus sûrement encore que sa prose incantatoire.

 

Jean-Michel Wittmann
professeur à l’université de Lorraine