Francis Poulenc

Paris, 7 janvier 1899 - Paris, 30 janvier 1963

Parmi les membres du Groupe des Six, Francis Poulenc est l’un des compositeurs français dont la musique est la plus jouée. Dans les années cinquante, il est un musicien consacré, qui demeure farouchement indépendant et délibérément en marge des courants musicaux de son temps, auxquels il a pourtant toujours été attentif – il était allé à Vienne en 1922 pour rencontrer Arnold Schoenberg et, sincère admirateur de Pierre Boulez, il est abonné aux concerts du Domaine musical dès leurs débuts. Son œuvre n’a connu aucun purgatoire et son Gloria continue à faire partie des œuvres les plus fréquemment inscrites au répertoire des concerts dans le monde entier.

Issu d’un milieu bourgeois fortuné, Francis Poulenc était d’origine aveyronnaise par son père, qui dirigeait une affaire familiale de produits pharmaceutiques devenue par la suite Rhône-Poulenc, et de souche purement parisienne par sa mère, qui descendait d’une famille d’artisans. Il considérait cette double ascendance comme la clé de sa personnalité musicale, raccrochant sa profonde foi catholique à ses racines aveyronnaises et attribuant son hérédité artistique à sa branche maternelle. Deux veines, profane et religieuse, coexistent en effet dans sa musique : il est l’auteur à la fois des Chansons gaillardes et d’une messe, des Mamelles de Tirésias et du Stabat Mater. Ces deux sources d’inspiration ont été résumées par Claude Rostand dans une formule devenue célèbre : « En Poulenc, il y a du moine et du voyou ». Quant à Poulenc, il affirmait : « Ma musique est mon portrait ». Dès l’âge de cinq ans, il est initié au piano par sa mère. Malgré son goût et ses dispositions manifestes pour la musique, Poulenc se conforme aux vœux de son père et poursuit des études classiques, dont l'achèvement est une condition préalable à son entrée au Conservatoire. Mais la guerre et la disparition prématurée de ses parents (il a seize ans à la mort de sa mère, dix-huit à celle de son père) bouleversent ses projets de formation. De 1914 à 1917, Poulenc est l’élève de Ricardo Viñes, véritable maître spirituel, dont l’influence est déterminante pour sa carrière de pianiste et de compositeur. Il ne reçoit donc aucune éducation musicale académique et traditionnelle hormis cette formation pianistique professionnelle acquise en marge de tout cursus officiel. Grâce à Viñes, Poulenc rencontre notamment Georges Auric, Erik Satie et Manuel de Falla. À la fréquentation des musiciens s’ajoute bientôt celle des poètes, des écrivains et des artistes plasticiens – Guillaume Apollinaire, Paul Éluard, André Breton, Louis Aragon, André Gide, Léon-Paul Fargue, Paul Valéry ou Paul Claudel ainsi que Pablo Picasso, Georges Braque, Modigliani, André Derain ou Marie Laurencin. À peine sorti de l’adolescence, Poulenc se trouve ainsi plongé au cœur de la vie artistique parisienne, parmi les créateurs de l’avant-garde. En 1917, il se fait connaître du public parisien avec sa première œuvre, la Rapsodie nègre. Il est notamment remarqué par Igor Stravinsky, dont il subit l’influence et qui l'aide à faire publier ses premières œuvres. Mobilisé, Poulenc n’en continue pas moins à composer, notamment les Mouvements perpétuels, qui connaissent rapidement le succès, et Le Bestiaire, son premier cycle de mélodies sur des poèmes d’Apollinaire. Programmées dans des concerts organisés dans un atelier de Montparnasse, ses œuvres voisinent avec celles de Darius Milhaud, Georges Auric, Arthur Honegger, Germaine Tailleferre et Louis Durey. C’est ainsi que le Groupe des Six naît en 1920 sous la plume d’Henri Collet, qui rend compte d’un concert ayant réuni leurs œuvres. À défaut d’esthétique commune, ces musiciens demeureront liés par une solide amitié.

Peu traditionnelles, les années de formation de Poulenc se chevauchent avec un début de carrière précoce. En 1921, Poulenc a déjà une certaine notoriété lorsqu'il demande à Charles Koechlin de lui donner des leçons, expliquant qu'il a jusque-là « obéi plus à l'instinct qu'à l'intelligence ». Il est encore son élève lorsqu’il reçoit de Diaghilev une commande pour les Ballets Russes : créées en 1924 à Monte-Carlo, Les Biches remportent aussitôt un vif succès et lui valent une réputation internationale. Si Poulenc fréquente les milieux intellectuels et artistiques, il est également introduit dans les cercles mondains, à une époque où le mécénat privé joue encore un rôle important dans la vie musicale. C’est ainsi que son Concerto pour deux pianos et orchestre et son Concerto pour orgue lui sont commandés par la princesse Edmond de Polignac, et Aubade et Le Bal masqué par Marie-Laure et Charles de Noailles. Conscient du rôle désormais majeur du disque pour la diffusion de la musique, Poulenc accorde très vite de l’importance à l’édition phonographique : les premiers enregistrements discographiques de ses œuvres datent de 1928. Dans les années trente, Poulenc entame une carrière de concertiste en duo avec le baryton Pierre Bernac, pour qui il composera environ 90 mélodies destinées à alimenter leurs programmes de récitals – il a une prédilection pour la voix, un goût prononcé pour la poésie et un sens aigu de la prosodie, ce qui explique que les mélodies occupent une place de choix dans son catalogue. La vie de Poulenc est désormais rythmée par des périodes de concerts alternant avec des périodes de composition. Il partage son existence entre Paris, ville à laquelle il demeure viscéralement attaché, et sa maison de Noizay en Touraine, où il se retire pour travailler. En 1936, un pélerinage à Rocamadour déclenche la restauration de sa foi catholique et il compose aussitôt les Litanies à la Vierge noire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il compose notamment Les Animaux modèles, créés à l’Opéra en 1942, et Figure humaine, sur des poèmes d’Éluard publiés dans la clandestinité. Sa première œuvre lyrique, Les Mamelles de Tirésias, est créée en 1947 à l’Opéra-Comique et inaugure sa collaboration avec la chanteuse Denise Duval, qui devient son interprète féminine de prédilection. À partir de 1948, la carrière internationale de Poulenc s’étend aux États-Unis, où il effectue régulièrement des tournées et où il crée notamment son Concerto pour piano et orchestre, commande de l’Orchestre symphonique de Boston. Entre 1947 et 1949, Poulenc, qui n’ignore pas l’influence importante acquise par la radio, produit lui-même une série d’émissions à la Radiodiffusion nationale. Dans les années cinquante, les Dialogues des Carmélites, commande de la Scala de Milan, connaissent rapidement un succès international et La voix humaine scelle près de cinquante ans d’amitié avec Jean Cocteau. En 1963, Poulenc meurt brutalement d’une crise cardiaque dans son appartement parisien. Il ne laisse aucune œuvre inachevée.

 

Myriam Chimènes
directrice de recherche au CNRS
institut de recherche sur le patrimoine musical en
France IRPMF (CNRS/Ministère de la Culture/BnF

 

Voir Célébrations nationales 1999, p. 125.