François Villon

Paris, 1431/1432 ? Paris, 8 janvier 1463
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« Après une franche repue J’eusse aimé toute honte bue Aller courir le cotillon
Sur les pas de François Villon »
(Georges Brassens, Le Moyenâgeux

 

Le 5 janvier 1463, François Villon, impliqué dans une méchante bagarre, échappait in extremis à la corde et voyait sa peine commuée en bannissement. Heureux de s’en tirer à si bon compte, il quittait Paris trois jours plus tard et disparaissait à tout jamais, laissant la légende s’emparer de son personnage, du « bon follastre » des Repues franches au Quart Livre de Rabelais, où le poète, retiré au fin fond du Poitou, met en scène une « Passion » pour « donner passetemps au peuple ».

 

Diplômé de la Faculté des Arts, Villon est le type même de ces clercs déchus, qui, dépourvus de prébendes, sombraient dans le crime et la délinquance. Outre seize poèmes divers et six ballades en jargon, qui témoignent de ses liens avec le gang de la Coquille, son œuvre se compose de deux dits poétiques : le Lais (1456), cascade de legs parodiques et revue satirique de la société parisienne, et le Testament (1461-1462), son chef-d’œuvre, où il reprend et approfondit le dessein de son premier dit, méditant sur l’amertume de sa destinée et truffant le poème d’insertions lyriques propres à illustrer toutes les facettes de son art. Témoin réaliste et enjoué du spectacle bigarré des rues de Paris, Villon exprime par ailleurs les angoisses qui sont les siennes face aux méfaits de la passion amoureuse, de la pauvreté et de la fuite du temps, mais aussi sa véritable obsession de la mort, omniprésente dans ses ballades les plus fameuses, la Ballade des dames du temps jadis et la Ballade des pendus.

 

Jean Dufournet, qui nous a quittés à la veille de cette commémoration, est parvenu, mieux que tout autre, durant près d’un demi-siècle, à décrypter cette œuvre souvent énigmatique et à mettre au jour les desseins du « povre escolier ». Outre sa magistrale édition bilingue, couronnée en 1984 par l’Académie française, et les trois grands colloques villoniens organisés sous son égide à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (1989, 2002, 2006), son exégèse savante et toujours judicieuse a notamment révélé la vision carnavalesque et subversive qui bouleverse, chez Villon, les rapports hiérarchiques et transforme en un défilé burlesque la seconde partie du Testament. Les masques derrière lesquels le poète se dissimule, sa propension à entrelacer le sérieux et le comique, cristallisée dans la célèbre formule « Je ris en pleurs », confère à chacun de ses vers une profondeur
incomparable et traduit la complexité de son être intime, tiraillé entre des tendances contradictoires. Son goût de la polysémie et de l’ambiguïté témoigne, par-delà, d’une philosophie de l’incertitude, que l’on rencontre, à cette même époque, dans les Mémoires de Commynes, dans les Cent Nouvelles nouvelles ou dans la Farce de Maistre Pathelin. « Rien ne m’est sûr que la chose incertaine » : ainsi que Jean Dufournet l’observait si justement, « les poésies de Villon appellent la mise à jour de richesses toujours renouvelées […]. Elles nous accompagnent dans notre cheminement personnel, comme une parcelle de notre être en mouvement, comme le cristal qui restitue la lumière selon la facette qui la reçoit ».

 

Jean Devaux
professeur à l’université du Littoral – Côte d’Opale (Dunkerque et Boulogne-sur-Mer)