Signature du traité « d'amitié » de l'Élysée

22 janvier 1963

Le 22 janvier 1963, dans le salon Murat du Palais de l’Élysée, le général de Gaulle et son Premier ministre Georges Pompidou signaient avec Konrad Adenauer, chancelier de la République fédérale d’Allemagne, un traité bilatéral de coopération, connu sous le nom de traité de l’Élysée. Ce document se compose d’une partie « organisation », fixant l’architecture des consultations franco-allemandes régulières, et d’une partie « programme » en trois points : affaires étrangères, défense, éducation et jeunesse. La signature fut précédée d’une courte déclaration de De Gaulle et Adenauer, où l’on trouve l’unique mention du terme de « réconciliation », absent du texte du traité. La mobilisation de l’émotion populaire avait eu lieu en amont, lors des voyages du chancelier et du général en France et en RFA en juillet et septembre 1962. Le moment où les deux hommes assistèrent côte à côte à l’office religieux à la cathédrale de Reims, le 8 juillet, avait marqué symboliquement la volonté des deux peuples de « sceller la réconciliation ».

Le « traité d’amitié », qui est le prétexte à l’année franco-allemande qui s’ouvre (septembre 2012-juillet 2013), fut pourtant le produit d’une compensation et d’une improvisation : compensation, parce qu’en 1960 le général avait lancé un projet d’union politique de l’Europe sur base intergouvernementale (« les plans Fouchet ») qui échoua, parce que les partenaires refusaient de remettre en cause le degré d’intégration de la Communauté européenne. De Gaulle proposa alors au chancelier de s’engager dans la voie de la coopération bilatérale. Improvisation, parce que les deux personnalités avaient depuis plusieurs mois envisagé la signature d’un protocole, mais ce n’est que le 18 janvier 1963 que le chancelier proposa à Paris la signature d’un véritable traité, sans doute pour lier ses successeurs, alors qu’il allait bientôt quitter le pouvoir, mais surtout parce que les questions d’éducation étant de la compétence des Länder, le Bund ne pouvait s’aventurer en la matière hors du cadre d’un traité. Or un traité impliquait dans les deux pays une ratification par le Parlement et donc un débat. Le danger pressenti ne put être évité : alors que s’opposaient à Bonn « gaullistes » (partisans de l’entente privilégiée franco-allemande) et « atlantistes » (pour qui les relations avec les États- Unis et le Royaume-Uni restaient prioritaires), ces derniers imposèrent l’adjonction d’un préambule rappelant l’importance des liens avec les États-Unis et l’OTAN et l’espoir de voir la Grande-Bretagne rejoindre bientôt la Communauté européenne. De Gaulle, désabusé sur l’avenir de cette « union » franco-allemande, s’écria : « je suis resté vierge », et confia au chancelier : « Les traités (...) sont comme les jeunes filles et comme les roses : ça dure ce que ça dure ». Adenauer répliqua alors par la métaphore du « rosier qui portera toujours des boutons et des fleurs ».

Sur le court terme, le traité fut quasiment un enfant mort-né : Paris et Bonn ne partageaient pas toujours, loin s’en faut, des positions communes en matière de politique étrangère et de défense. Même en matière d’éducation – qu’il s’agisse de l’enseignement de la langue du partenaire ou des équivalences d’études ou de diplômes, la situation était difficile. En revanche, la jeunesse, qui avait déjà été un domaine privilégié en vue du rapprochement depuis l’immédiat après-guerre, fut longtemps le seul succès du traité. Celui-ci avait annoncé la création d’un Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ), fondé le 5 juillet 1963, auquel Joseph Rovan, l’un des principaux médiateurs entre la France et l’Allemagne, devait rendre bientôt un hommage appuyé en déclarant qu’il avait réalisé « la plus grande migration des peuples jamais organisée en temps de paix par des moyens et avec des intentions pacifiques ». Et pourtant, si le traité put renaître de ses cendres, à partir de la seconde moitié des années 1970, c’est que le système rigoureux de consultation mis en place par ce document permit toujours de maintenir le dialogue et de discuter ouvertement des divergences.

Malgré les conditions initiales, le traité s’est pourtant imposé, avec le temps, comme un « lieu de mémoire franco-allemand ». Le tournant « commémoriel » se situe en 1983/84 autour de deux événements. Le premier est le vingtième anniversaire du traité, marqué par le discours du président François Mitterrand au Bundestag pour appuyer la politique de défense et de sécurité du chancelier Helmut Kohl. Restait à « attaquer » le poids de l’Histoire. Ce fut l’objet de la rencontre du 22 septembre 1984 où Kohl et Mitterrand se tinrent la main devant l’ossuaire de Douaumont, prenant le passé douloureux à bras-le-corps. Cette cérémonie marque le recours à l’émotion pour la construction d’une mémoire partagée comme base d’une communauté de destin franco-allemande en Europe. Mais c’est la cérémonie du quarantième anniversaire du traité qui fut l’occasion de lier passé, présent (solidarité franco-allemande retrouvée sur fond de guerre en Irak) et avenir et de lui donner ainsi la dimension symbolique d’un lieu de mémoire : la journée du 22 janvier 2003, à Versailles, lie la date  du  traité,  les  discours  d’hommage  aux  architectes  de  la « réconciliation » franco-allemande et la mémoire du passé qui a jadis divisé (double traumatisme de Versailles en 1871 et 1919 dans les mémoires française et allemande, souligné par le président Jacques Chirac). Il revint au chancelier Gerhard Schröder de mettre en lumière Versailles comme lieu d’une mémoire positive et l’expression de valeurs à préserver pour l’avenir en se référant à la Déclaration des droits de l’homme de 1789. L’avenir, la jeunesse, la société civile furent surtout l’objet de la célébration du lendemain, autour de la session du parlement franco-allemand des Jeunes, organisé par l’OFAJ, réunissant à Berlin plus de 500 lycéens et étudiants des deux pays. C’est alors que les jeunes formulèrent la proposition de concevoir un manuel commun franco-allemand d’histoire.

Depuis 2003, le 22 janvier est devenu officiellement la « journée franco-allemande » et le traité l’élément central dans la construction du « mythe de la réconciliation ». Non pas que celle-ci soit un leurre, mais elle a commencé avant 1963 et n’a pas été le monopole des gouvernants. Il reste que le traité de l’Élysée de 1963 marque incontestablement un moment symbolique et aussi un point d’infléchissement, ouvrant la voie à l’institutionnalisation de la coopération bilatérale.

 

Corine Defrance
directrice de recherche au CNRS,
UMR IRICE, Paris

et

Ulrich Pfeil
professeur de civilisation allemande à
l’université de Lorraine, Metz
                                                                 

 

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