Joseph-Marie-Auguste Caillaux

Le Mans, 30 mars 1863 - Mamers (Sarthe), 21 novembre 1944

Joseph Caillaux est né au Mans le 30 mars 1863. Son père, sénateur de la Sarthe, avait été ministre des Finances. Joseph fit à Paris de très bonnes études et prépara l’inspection des Finances. «Il y a », lui dit son père, « une situation à prendre pour toi dans la Sarthe. Mais doucement mon fils doucement ! ». Le voici candidat républicain dans l’arrondissement de Mamers. Il y fera sa vie.

À la Chambre il se rapproche de Waldeck-Rousseau. Promu ministre des Finances en 1899, Caillaux poursuit de prudentes réformes, mais il ne fait rien encore pour l’impôt progressif sur le revenu. Il écrit à sa maîtresse, Berthe Gueydan, le 5 juillet 1901, une lettre qui brisera sa vie ! Le 25 juillet il l’épouse.

Le 21 octobre 1906, Georges Clemenceau est appelé à former un gouvernement. Il promet une vaste refonte de la fiscalité et demande à Caillaux de prendre en charge les Finances. Le projet Caillaux, déposé le 7 février 1907, amendé, sera adopté à une large majorité en 1909.

Mais Caillaux a commencé une nouvelle vie. Il a connu, il croit aimer Henriette Rainouard. Il négocie son divorce. Berthe Gueydan promet de brûler les lettres qu’elle a reçues de lui, mais elle en garde secrètement des photocopies. Joseph épousera Henriette Rainouard le 21 octobre 1911.

En juillet 1907 le gouvernement de Clemenceau est renversé. Caillaux, ministre des Finances pour la troisième fois, attend d’être président du Conseil. Enfin le Président de la République l’appelle à cette fonction. Il a quarante-trois ans.

Le 1er juillet 1911 survient une difficulté aussi grave qu’imprévue. L’Allemagne envoie un navire de guerre à Agadir. Caillaux négocie avec l’Allemagne. Il réussit à lui céder une partie du Moyen-Congo pour qu’elle renonce au Maroc. Victoire ou non ? Caillaux est accusé par la droite. Le 11 janvier 1912 il porte sa démission au Président de la République.

Vient l’élection de Poincaré à la Présidence de la République. Les présidents du Conseil se succèdent. Tous s’acharnent contre Caillaux, l’ennemi gonflé d’orgueil. Et commence la furieuse campagne du Figaro, conduite par Calmette son directeur. Le 13 mars 1914 est publiée sous le titre « un document foudroyant » la lettre signée « Ton Jo » adressée en 1901 par Caillaux à Berthe Gueydan : « J’ai remporté un très beau succès. J’ai écrasé l’impôt sur le revenu en ayant l’air de le défendre ». Cette lettre si maladroite, lue dans la France entière, fera-t-elle sombrer son destin ?

Henriette est désespérée. Elle se rend chez l’armurier Gastine Renette, achète un pistolet automatique, se fait expliquer comment on l’arme. Elle rentre chez elle, écrit à son mari « c’est moi qui ferai justice. La France et la République ont besoin de toi ». Calmette, le directeur du Figaro, accepte de la recevoir dans son bureau. Elle sort brusquement le pistolet de son manchon et tire six coups. Calmette mourra quelques heures plus tard.

Caillaux consacre désormais ses jours et ses nuits à défendre sa femme avec le célèbre avocat Fernand Labori. Croyant mieux la défendre, il subventionne des journaux, au risque de préparer d’autres drames. La droite ne cesse de le traiter d’escroc, d’assassin.

Voici qu’Henriette est acquittée par la Cour d’Assises le 28 juillet 1914, le jour où l’Autriche déclare la guerre à la Serbie. Le gouvernement de Viviani croit raisonnable « d’éloigner ce couple encombrant » et envoie Caillaux en mission au Brésil où il se prend de sympathie pour un agent secret de l’Allemagne. Puis Caillaux emmène sa femme en Italie en octobre 1916, il y loue un coffre fort ce qui nourrit bien des ragots ! Le Quai d’Orsay lui demande de rentrer en France.

Le 11 décembre 1917 Emile Deschanel, président de la Chambre des députés, annonce qu’il est saisi d’une demande de levée de l’immunité parlementaire de Joseph Caillaux ancien président du Conseil, qui aurait entretenu, en 1916 et 1917, des « intelligences avec l’ennemi ». La peine de mort est encourue ! Caillaux demande lui-même la levée de son immunité parlementaire. Il est arrêté le 14 janvier 1918. Il sera détenu vingt-sept mois. Le 23 août 1920 il sera condamné à la peine de trois ans de prison pour « correspondance avec l’ennemi ».

Passé le temps des lois de la guerre, Caillaux deviendra un symbole pour les partis de gauche, pour la Ligue des Droits de l’Homme, contre le gouvernement autoritaire de la droite. Les élections de 1924 apporteront la victoire de la gauche dressée contre tout ce que Poincaré et Clemenceau avaient imposé à la France, les erreurs judiciaires, les exécutions sommaires, le règne du non-droit.

Le 9 juillet 1924 le Cartel des gauches votait l’amnistie de Caillaux victime de la « dictature » de la droite. Caillaux sera à nouveau ministre, six mois en 1925, un mois en 1926. Puis, élu au Sénat, il renversera à deux reprises le gouvernement du Front Populaire, de cette gauche à laquelle il devait tant !

Quand viendra la défaite de 1940, les Caillaux se retireront à Mamers. Madame Caillaux y meurt en février 1943. Joseph Caillaux, l’année suivante.

Que reste-t-il de lui, sinon l’histoire d’un tragique fait-divers ?

 

Jean-Denis Bredin avocat, écrivain
professeur émérite de droit membre de l’Académie française


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Jeudi 7 février 2013 à 16h15
Conférence : « Les relations entre deux ténors de la 3ème république, Louis Barthou et Joseph Caillaux ou les petits crimes entre amis » par Jean Chiama, Professeur honoraire, Président départemental des Palmes Académiques
Lieu : Université du temps libre de Biarritz (UTLB), Maison des Associations, 2 rue Darrichon -64200 Biarritz
tél.:05.59.41.29.82 ; courriel : utlb@free.fr

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