Société d'encouragement du cheval français (SECF)

21 octobre 1864

Quand le 21 octobre 1864 des éleveurs normands se réunissent à Caen à la demande du marquis de Croix, près de trois décennies se sont écoulées depuis les premières courses données sur le terrain de « la Prairie » en août 1837. Au menu, il s’agit de « mettre en évidence et en valeur le cheval de selle de demi-sang né et élevé en France », conformément à l’arrêté du 2 décembre 1862 et au désir de l’empereur Napoléon III. À cette fin, les éleveurs décident de fonder la « Société d’encouragement pour l’amélioration du cheval français de demi-sang ».

L’exhortation impériale va devenir réalité « grâce au soutien moral et souvent financier de tout ce que la Normandie compte de sociétés savantes » et surtout à Éphrem Houël désireux de « trouver le moyen de juger les qualités autrement que par une vaine conformation qui ne sert qu’à faire apprécier les belles rosses. » En résumé, parvenir à substituer le « bon » au « beau », à remplacer « l’image » par « le mérite ».

Le 7 septembre 1878, le demi-sang normand se déplace dans la région parisienne grâce à un crédit extraordinaire de 60 000 F voté par la Chambre des députés, pour l’organisation de courses au trot pendant l’Exposition universelle. Pour se lancer à la conquête de Paris, le trotteur normand, « un des meilleurs éléments de la défense nationale », a pour allié Gambetta qui s’entremet pour l’obtention par la Société du Demi-sang de la concession de l’ancien terrain de courses du plateau de Gravelle. Mais « le trot » n’est pas seul au rendez-vous des 7 et 8 septembre 1879 ; prudent il s’appuie sur un tuteur, « l’obstacle » pratiqué sur le plateau de Gravelle entre 1863 et 1870.

À Vincennes, le public reste indécis devant le spectacle. Occupés par Auteuil (obstacle) et Longchamp (plat), pas de dimanche dans la capitale pour les trotteurs qui doivent se contenter de réunions en semaine. En 1903, la Société du Demi-sang devient parisienne en installant son siège 7 rue d’Astorg (8e). Désireuse d’étendre son activité, elle obtient du ministère de l’Agriculture des journées supplémentaires pour courir à Vincennes l’hiver. Ce sont des dimanches, sans concurrence, les galopeurs se reposant ou étant en villégiature à Nice ou à Pau. En manque de jeux, les Parisiens font bon accueil à cette initiative. Ainsi 38 réunions sont données à Vincennes en 1913.

Après la Première Guerre mondiale, alors qu’à Longchamp est créé en 1920 le Prix de l’Arc de Triomphe, course internationale pour les galopeurs, à Vincennes se dispute aussi le 1er février 1920, une épreuve internationale, le Prix d’Amérique qui deviendra la plus « riche » course au trot d’Europe. Les chevaux étrangers devront attendre 1931 pour enregistrer leur premier succès dans le Prix d’Amérique sur le socle duquel est à jamais gravé le nom d’Ourasi quatre fois victorieux. Mais l’édition 2006 du Prix d’Amérique est entachée par la disqualification du lauréat Jag de Bellouet, ayant fait usage d’une substance interdite dès 1903 par le code des courses, le premier du monde sportif à proscrire l’administration d’un stimulant.

Le 21 février 1949, la Société du Demi-sang prend le nom de « Société d’Encouragement à l’élevage du Cheval Français » (S.E.C.F.). Celle-ci acquiert en 1962 le domaine de Grosbois pour y installer un centre d’entraînement. Avec de nouvelles tribunes inaugurées le 9 janvier 1983 et fort de 152 réunions annuelles et 1 237 courses, Vincennes n’est-il pas l’hippodrome le plus actif de France et d’Europe ? La vitalité de la S.E.C.F. ne s’arrête pas là. Elle organise 49 réunions annuelles sur deux annexes récemment restaurées, Cabourg et Caen, ville où en 1864 a été créée la « société-mère » du trot.

 

Guy Thibault
historien des courses