Jean-Marie Leclair

Lyon, 10 mai 1697 - Paris, 22 octobre 1764

Le premier des François, Le Clair, à son génie
Sçut l’art d’asservir son archet.
Du grand Rameau rival par l’harmonie,
Il est mâle, élégant, tendre & toujours parfait.
Lui seul méritoit bien de rendre ses Ouvrages ;
L’amitié caressa ses mœurs :
Il fut estimé par les Sages,
Admiré par les Connoisseurs
(Barnabé Framian de Rozoi, « Lettre à M. de Place, auteur du Mercure,
sur feu M. Le Clair, premier symphoniste du Roi »,
Mercure de France, novembre 1764)

Aîné de huit enfants, Jean-Marie Leclair apprend le métier paternel de passementier tout en débutant une activité de danseur et de violoniste. En 1716, il figure parmi les artistes de l’Opéra de Lyon ; il y rencontre la danseuse Marie?Rose Casthanié, qu’il épouse. En 1722, il est engagé comme maître de ballet du Teatro Regio de Turin, avant d’obtenir l’année suivante un privilège pour faire graver à Paris un 1er livre de sonates pour violon et basse continue, qu’il dédie à un mécène, Joseph Bonnier de La Mosson. À Turin encore, il perfectionne auprès de Somis une technique suffisamment solide pour que celui-ci lui conseille d’abandonner la danse pour le violon.

De retour à Paris en 1728, il dédie à La Mosson fils son 2e livre de sonates. En avril, il débute brillamment au Concert Spirituel, où il se produira régulièrement jusqu’en 1736. Applaudi pour son jeu virtuose et raffiné, sa réputation franchit les frontières. Il se rend à Cassel, où il rencontre le violoniste Locatelli, à qui il se mesure devant le landgrave le 22 décembre 1728. Veuf, il épouse en 1730, la graveuse de musique Louise-Catherine Roussel, qui gravera désormais ses œuvres.

En 1734, il intègre la Musique du roi, conjointement avec le Piémontais Jean-Pierre Guignon, et offre à Louis XV son 3e livre de sonates. Un différend oppose vite les deux musiciens, aucun ne voulant s’abaisser à tenir le second violon. Malgré un accord les obligeant à alterner tous les mois, Leclair préfère renoncer à sa charge.

Après avoir fait paraître, vers 1737, deux Récréations de musique en trio, ainsi que six concertos, il gagne la Hollande, et se place sous la protection de François du Liz, un financier dont il devient directeur de la musique à La Haye (1740), puis d’Anne de Hanovre, épouse de Guillaume IV d’Orange. À son retour à Paris en 1743, il fait graver un 4e livre de sonates d’une grande virtuosité, sans doute influencé par Locatelli, croisé à Amsterdam. Leclair gagne ensuite la cour de Chambéry à l’invitation de l’infant Philippe d’Espagne, à qui il dédie ses nouveaux concertos.

À près de cinquante ans, comme son contemporain Rameau, il fait ses débuts à l’Académie royale de musique, en retouchant en 1745 La Provençale de Mouret. En 1746, le public réserve un bel accueil à sa tragédie Scylla & Glaucus. L’année suivante, le duc de Gramont le pensionne comme 1er violon de l’orchestre de son théâtre de Puteaux. En 1753 paraît un recueil d’Ouvertures & sonates en trio, fait d’arrangements de sonates ou d’extraits de Scylla & Glaucus.

Séparé de sa femme, il acquiert une modeste maison, près de l’actuel canal Saint-Martin. Au matin du 23 octobre 1764, il y est retrouvé assassiné de trois coups de couteau. Le coupable ne sera jamais identifié.

Leclair laisse une œuvre considérable, principalement pour son instrument, qui témoigne de la virtuosité du violoniste comme de la maîtrise du compositeur. Par sa double formation de danseur et d’instrumentiste, par les influences qui ont forgé sa personnalité, il a su atteindre l’idéal de ses contemporains : synthèse des styles italiens et français, son œuvre représente l’apogée des « goûts réunis ».

 

Thomas Leconte
musicologue
centre de musique baroque de Versailles

 

Voir Célébrations nationales 1997, p. 42