Ambroise Dubois

Anvers, vers 1543 - Fontainebleau, 1614 (ou 1619) ?

Le nom d’Ambroise Dubois est attaché à celui de Fontainebleau, château pour lequel il réalisa ses œuvres les plus importantes. Mais c’est à Anvers qu’il faut rechercher les origines de cet artiste. Ambrosius Bosschaert y serait né vers 1543, sans que l’on puisse avoir une idée précise de sa formation. On doit penser toutefois qu’il y fut sensible à l’influence de maîtres comme Frans Floris ou Martin de Vos. Cette formation fut sans doute largement complétée en France, où il arriva à vingt-cinq ans, notamment à Fontainebleau, devant les peintures de Rosso, de Primatice et de Nicolo dell’Abate.

C’est seulement en 1595 qu’on le voit apparaître dans les documents, avec le baptême de son fils Jean, à Avon, alors paroisse du château de Fontainebleau. La présence du peintre Jean d’Hoey, originaire de Leyde, en tant que parrain de l’enfant, et celle de l’épouse de François de Sannis, concierge du château et également peintre natif d’Anvers, en tant que marraine, permet de constater l’insertion de Dubois dans cette petite colonie d’artistes du Nord, installée à Fontainebleau à la faveur des grands travaux lancés par Henri IV.

Dubois porte en 1601 le titre de valet de chambre du roi, mais il commença certainement à travailler pour le souverain avant cette date. Le portrait de Gabrielle d’Estrées en Diane (conservé au château de Fontainebleau) est l’une des plus anciennes œuvres connues de Dubois, réalisée vraisemblablement entre 1592 et 1599. C’est également durant ces toutes dernières années du XVIe siècle qu’il dut peindre la Reddition d’Amiens à l’une des extrémités de la galerie d’Ulysse, détruite sous Louis XV.

Pour Marie de Médicis, après 1600, il conçut et exécuta avec des collaborateurs l’immense cycle de la galerie de la Reine, dite galerie de Diane. Le programme mêlait des allégories, des scènes de la vie de Diane et d’Apollon, ainsi que des victoires d’Henri IV. Détruit sous le Premier Empire, ce décor est encore connu par des dessins, des gravures et par un certain nombre de peintures originales remontées sous Louis-Philippe dans la galerie des Assiettes.

Toujours pour Marie de Médicis, Dubois peignit, vers 1605, le cycle de Tancrède et Clorinde illustrant des épisodes de la Jérusalem délivrée du Tasse et destiné au décor du cabinet de la souveraine. Sept tableaux de cette suite subsistent à Fontainebleau.

Enfin, Dubois devait encore réaliser un autre cycle, pour le cabinet du roi cette fois, dont les tableaux, encastrés dans les murs et au plafond, suivent l’histoire de Théagène et Chariclée, d’après Les Éthiopiques, un roman grec de l’antiquité tardive dû à Héliodore d’Émèse.

Aux côtés de Martin Fréminet et de Toussaint Dubreuil, le flamand Ambroise Dubois apparaît comme l’un des « champions » de cette seconde École de Fontainebleau dont l’esthétique illustre une tendance particulière du maniérisme tardif. Dans ce contexte, où toutes les outrances formelles semblent permises, l’art de Dubois se caractérise à la fois par une veine éloquente et héroïque, dont témoignent les scènes de combat du cycle de Tancrède et Clorinde, mais aussi par un talent de narrateur, parfois étonnamment intimiste, que l’on décèle dans certains épisodes de l’histoire de Théagène et Chariclée. Son œuvre, dont nous conservons presque uniquement les tableaux peints sur toile, laisse transparaître constamment des réminiscences de la première École de Fontainebleau, et plus particulièrement de l’art de Primatice, mais ouvre également la voie, par son emploi de la lumière, à une génération de peintres qui commencent à s’exprimer au moment où il quitte la scène.  

 

Vincent Droguet
conservateur en chef du Patrimoine