Maurice Thorez

Noyelle-Godault (Pas-de-Calais), 28 avril 1900 - en mer noire, 11 juillet 1964

Le 11 juillet 1964, Maurice Thorez décédait subitement au large d’Istanbul sur le bateau qui le menait pour ses vacances en Union Soviétique. « C’est comme le symbole de sa vie, d’une vie entre deux mers, d’une vie entre les deux pays qu’il aimait le plus au monde : sa France et le premier pays socialiste, l’Union Soviétique », écrivait à Khrouchtchev son épouse et indissociable compagne en politique, Jeannette Vermeersch.

 

Maurice Thorez est né au cœur du bassin minier du Pas-de-Calais. De son enfance, retenons simplement qu’excellent élève de l’école primaire, il passa avec succès le certificat d’études (1912), travailla comme trieur de pierres à la mine, fut réfugié pendant la Grande Guerre à Clugnat (Creuse) avec son grand-père mineur et militant guesdiste, Clément Baudry.

 

Maurice Thorez est séduit par la grande lueur qui s’est levée à l’Est avec la révolution bolchevique. Dès lors, il est un militant, et très vite un « révolutionnaire professionnel », c’est-à-dire un permanent des organisations communistes dont la ligne d’action est fixée à Moscou. Son ascension dans le parti communiste, section française de l’Internationale communiste, est rapide. Le séjour qu’il effectue à Moscou à l’été 1930 après avoir passé onze mois en prison (juin 1929-avril 1930) est décisif. Il devient de fait le secrétaire général du parti et, alors qu’il est marié à Aurore Membeuf, tombe amoureux de Jeannette Vermeersch. Ils vivent ensemble à partir de 1934 et se marient en 1947.

 

Avec le Front populaire, Thorez devient une personnalité d’envergure nationale et le parti communiste un parti qui compte dans la vie politique. Il publie son autobiographie, Fils du Peuple (1937), rédigée par sa plume, Jean Fréville, rééditée en 1949 et 1960, manuel d’histoire du PCF et support au culte dont il est l’objet, surtout lors de la grandiose célébration de son cinquantième anniversaire.

 

Le 23 août 1939, l’Union Soviétique et l’Allemagne nazie signent un pacte de non-agression. Bientôt, la guerre est caractérisée par Staline d’impérialiste – elle ne concerne donc pas les communistes –, le PCF interdit.
Le 3 octobre 1939, Thorez, sous les drapeaux à Chauny (Pas-de-Calais), déserte. Le 8 novembre 1939, il arrive clandestinement en Union Soviétique. Il y passe la guerre. Sa condamnation pour désertion graciée et amnistiée par De Gaulle, il retrouve, le 26 novembre 1944, la France et la direction du PCF. Il s’est auparavant entretenu avec Staline. L’heure n’est pas à la Révolution, mais à la reconstruction du pays. Le parti communiste, dont le rôle fut important dans la Résistance, est puissant, recueillant plus d’un quart des suffrages lors de chaque élection. Maurice Thorez est successivement ministre d’État dans le gouvernement de Gaulle et vice-président du conseil dans ceux de Gouin, Bidault et Ramadier qu’il quitte à regret, avec les autres ministres communistes, en mai 1947. On lui doit notamment le statut de la fonction publique.

 

Avec la guerre Froide, le parti communiste est constamment dans l’opposition. De 1950 à 1953, Thorez, victime d’une attaque cérébrale, est soigné en Union Soviétique. Il incarne jusqu’à sa mort un parti qui amorce, avec le retour du général de Gaulle (1958), son déclin. Maurice Thorez, dont le nom figure dans l’espace public de nombreuses municipalités, a été une importante figure de la vie politique française.

 

Annette Wieviorka
directrice de recherche au CNRS
(IRICE – Paris I – Panthéon Sorbonne)

 

Voir Célébrations nationales 2006

 

Voir aussi la généalogie de Maurice Thorez disponible sur Geneastar, un service de Geneanet