Antoine-Joseph, dit Adolphe Sax

Dinant (Belgique), 6 novembre 1814 - Paris, 7 février 1894

Adolphe Sax fait son apprentissage dans les ateliers de son père Charles Sax installé à Bruxelles en 1815. Le premier brevet enregistré en son nom en 1838 concerne une clarinette basse qui le propulse à l’avant-plan de l’actualité musicale. À Paris, Berlioz lui consacre un article élogieux dans le Journal des Débats en 1842, ce qui incite Sax à se fixer à Paris l’année suivante, rue Neuve-Saint-Georges. Bientôt, sa manufacture occupe plus d’une centaine d’ouvriers. L’inventeur ne cesse d’apporter divers perfectionnements aux instruments existants et en crée aussi de nouveaux, auxquels il donne son nom : saxophones, saxhorns, saxotrombas et saxtubas. Ces instruments sont construits en familles de six ou sept membres couvrant toute l’étendue de la tessiture, du grave à l’aigu et présentent une homogénéité sonore et une similitude de timbre ; ils offrent aussi un doigté identique. Pas surprenant dès lors que des débouchés s’ouvrent dans de nombreux milieux : les musiques militaires, les fanfares et harmonies, la scène de l’Opéra, sans compter les exportations vers l’étranger.

Les musiques militaires sont réorganisées officiellement en 1845 selon les propositions de Sax et adoptent ses instruments. Parallèlement se créent des orchestres constitués uniquement d’instruments sortis de ses ateliers : l’Orchestre Sax d’Alexandre Fessy et la Société de la Grande Harmonie de Victor Mohr se produisent régulièrement dans les ateliers de la rue Saint-Georges et dans le pays.

De leur côté, les compositeurs introduisent des instruments Sax dans leurs œuvres. Les opéras montés sur la première scène parisienne en offrent une large diffusion, entre autres la clarinette basse dans Le Prophète de Meyerbeer ou le saxophone alto dans Le Château de la Barbe-Bleu et Le Maître chanteur de Limnander, Hamlet et Françoise de Rimini d’Ambroise Thomas, Le Roi de Lahore et Werther de Jules Massenet.

Une plus large diffusion des instruments Sax se manifeste encore dans la musique de scène de l’Opéra de Paris, où Sax dirige régulièrement une petite fanfare de vingt musiciens de 1847 à 1894. Cette fanfare Sax apparaît dans des reprises d’opéras écrits avant 1847 (Robert le diable, Les Huguenots, etc.) et surtout dans de nouvelles productions : Jérusalem, Le Prophète, Le Juif errant, etc. Sax construit aussi des instruments spéciaux : des cloches pour Patrie de Paladilhe, ou des trompettes thébaines pour Aïda de Verdi.

Ses succès sont reconnus lors des expositions nationales et universelles ; il est fait chevalier de la Légion d’honneur et nommé Facteur de la Maison militaire de l’Empereur. Mais Sax doit aussi faire face à de nombreux obstacles : des procès en vue de défendre ses inventions contestées ou copiées par des concurrents ; la mauvaise gestion de ses affaires et les retournements politiques lui font perdre ses soutiens, ce qui l’entraîne dans trois faillites dont il se relève avec difficulté.

Soulignons que la plus importante diffusion du saxophone s’est réalisée dans un domaine que Sax ne pouvait pas prévoir. Devenu le symbole de l’émancipation des noirs américains, le saxophone est présent dans la musique de jazz dès le début du XXe siècle et dans les Big Bands américains des années 1930 et 1940.

 

Malou Haine
professeur émérite de l’université Libre de Bruxelles
conservateur honoraire du MIM (Musée des instruments de musique de Bruxelles)
chargée de mission auprès de la Politique scientifique fédérale (Belspo)
chercheur-associé au CNRS-IRPMF (Paris)
codirecteur avec Michel Duchesneau de la collection « MusicologieS », Vrin (Paris)