Pierre Lescot

Paris, 1515 - Paris, 10 septembre 1578

Pierre Lescot ou L’Escot a été choisi en 1546 par François Ier pour conduire la modernisation du Louvre, dont le roi voulait faire sa résidence principale dans la capitale. Confirmé dans cette fonction par Henri II, François II et Charles IX, Lescot a été l’architecte du premier chantier du royaume jusqu’à sa mort en 1578. Sa dalle funéraire, connue par une estampe, nous apprend qu’il est mort à l’âge de soixante-trois ans : il est donc né en 1515. En qualité de chanoine de Notre-Dame de Paris, il a été enterré dans la cathédrale. Il avait été aussi abbé commendataire de l’abbaye cistercienne de Clermont (près de Laval) : ce bénéfice lui avait été donné par le roi comme rétribution de ses services. Tardivement (1570), il avait reçu la prêtrise.

Bachelier en droit comme son père, il a hérité de sa mère le titre de seigneur de Clagny, qu’il porte dans les contrats qu’il signe comme architecte, et en particulier ceux concernant sa première oeuvre connue, le jubé de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois (1541-1545, détruit). Le dessin de la collection Masson (École nationale supérieure des beaux-arts), dans lequel Henri Zerner a justement reconnu ce jubé, n’est pas un relevé mais une copie autographe du projet. En outre, nous croyons pouvoir attribuer à Lescot le cloître du couvent des Célestins, détruit mais connu par des estampes. Ce chef-d’oeuvre de l’art nouveau pourrait être la première de ses réalisations. Le catalogue de ses oeuvres contient généralement la fontaine des Innocents, l’hôtel de Ligneris (Carnavalet), les châteaux de Fleury-en-Bière et de Vallery et quelques maisons à Paris. Cependant les incertitudes qui marquent encore ces attributions ne sont pas totalement levées malgré les importantes découvertes faites dans les archives par une patiente et féconde recherche.

La plus précieuse de ces sources est le long éloge que Ronsard a consacré à l’architecte du Louvre, et dont le premier vers : « Toy L’Escot dont le nom jusques aux astres vole », paraît s’inspirer du : « Sic itur ad astra » de Virgile. En effet, l’art de Lescot s’inscrit dans ce mouvement littéraire qui s’est lui-même nommé la Pléiade et qui ambitionnait de créer un nouveau style français conjugant la tradition et l’atticisme français par la médiation de l’art augustéen. Le Louvre de Lescot est un parfait exemple de ce style. Les statues de la Grande salle, dites caryatides, reproduisent les copies de celles de l’Érechthéion, commandées par l’empereur Auguste pour son temple de Rome. L’architecture des façades est parlante : elle affiche l’ambition du roi de France d’hériter de l’empire. Elle est aussi un recueil d’inventions formelles dont les trois siècles de l’Ancien Régime feront, en les reproduisant, des gallicismes

 

Jean-Marie Pérouse de Montclos
historien de l’art