Avènement de François Ier

Janvier 1515

Victoire au noble roi François, victoire au gentil de Valois » : ainsi s’achève la chanson de Clément Janequin qui célèbre, avec les onomatopées de la bataille, les hauts faits de Marignan, le 14 septembre 1515. Ce jour-là, le robuste souverain (il mesure près de deux mètres) âgé de vingt ans seulement, chargeant en armure la lance au poing à la tête de ses gendarmes, avait défait l’armée suisse et redonné à la France la jouissance du Milanais, perdu par Louis XII en 1513. Le royaume est alors un pays riche et puissant, peuplé de dix-huit millions d’habitants en majorité paysans. Le roi, pour qui « il n’est de richesse que d’hommes », n’hésite pas à lourdement taxer ses sujets par la taille (impôt finançant la guerre) et la gabelle (impôt sur le sel).

Le jeune « triomphateur des Helvètes » est, dès son retour, décidé à donner à sa cour une magnificence et un lustre jusqu’alors inconnus en France. La formation qu’a fournie Louise de Savoie au fils de son époux, comte d’Angoulême, en l’entourant de lettrés et en l’initiant aux arts, a prédisposé François à un rôle de mécène qui complète magnifiquement la figure qu’il affectionne du roi-chevalier. De l’Italie qui exerce sur lui une extrême fascination, il emprunte l’idée que les femmes sont indispensables à la vie de cour, non seulement parce qu’il en est grand amateur mais encore parce qu’elles encouragent, à l’image de sa soeur, la très savante Marguerite, le développement de la culture. De plus, pour elles, les courtisans sont prêts à dépenser des fortunes et à contribuer à la splendeur royale. La Cour, encore itinérante mais déjà très étoffée, suit partout le souverain, amateur passionné de chasse, qui consomme avec extravagance et se donne à voir ainsi dans tout le pays. François Ier caresse cependant des rêves de sédentarité. Grand architecte, il couche sur le papier nombre de projets, à commencer par Romorantin et Chambord. À Romorantin, en 1518, Léonard de Vinci lui-même avait été appelé à l’aide pour envisager un ensemble palais-écuries-ville idéale de 400 mètres, le long d’une rivière canalisée, la Sauldre. À terme le réseau de canaux aurait permis de rattacher le Rhône à la Loire. L’abandon de cette entreprise herculéenne, en 1519, accouche néanmoins d’un « plan B », plus modeste mais magnifique : Chambord. Viennent ensuite le château de Madrid, Fontainebleau et Saint- Germain-en-Laye. Les meilleurs artistes conseillent le monarque avec des idées à la mode inspirées de la Renaissance italienne : parmi eux Léonard mais aussi Dominique de Cortone, Benvenuto Cellini, le Rosso Fiorentino ou le Primatice. Le décor très ésotérique de Fontainebleau est justement l’oeuvre de ces deux hommes qui fondent un style prestigieux nommé aujourd’hui « école de Fontainebleau ».

Des fêtes de cour grandioses placent la France au niveau international, telle cette reconstitution de Marignan à Amboise qui, en 1518, impliqua des milliers de figurants assiégeant un faux château avec des canons tirant des ballons. François se veut également protecteur des lettres en un temps où l’imprimerie fait d’importants progrès. Il constitue une Bibliothèque royale et fonde un Collège des lecteurs royaux, le futur Collège de France, qui accueille des humanistes, tel Guillaume Budé, et des mathématiciens cartographes, tel Oronce Fine. À la cour, la poésie de Clément Marot commence à définir les règles de la prosodie et, en 1539, l’édit de Villers-Cotterêts fait de la langue française la langue officielle des actes administratifs.

Sur le plan de la politique extérieure, après l’échec diplomatique du camp du Drap d’or (qui visait à rapprocher la France de l’Angleterre d’Henri VIII) et la candidature malheureuse de François Ier au trône impérial, la guerre entre les Valois et les Habsbourg se rappelle constamment au royaume. Dans ce contexte, l’armée, dotée d’une puissante artillerie, se trouve réorganisée sur le modèle des légions romaines. Les ingénieurs italiens inspirent, aux marges du royaume, des fortifications (Doullens, Amiens, Navarrenx) qui forment une sorte de troisième « corps du roi » prêt à défendre la France menacée d’invasion. En 1521 et 1522, l’armée française doit justement repousser ses ennemis au nord et à l’est puis combattre de nouveau en Italie. En 1523, le connétable Charles de Bourbon, s’estimant floué par son suzerain sur des questions de fiefs, passe au service de Charles Quint. En février 1525 à Pavie, un usage maladroit de l’artillerie et de la cavalerie débouche sur la capture du souverain, emmené à Madrid et contraint d’y signer un humiliant traité. Relâché après avoir laissé ses enfants en otage, il dénonce ce dernier et reprend les armes en France et en Italie en ayant fondé la ligue de Cognac. Charles Quint finit en 1529 par signer une paix dite paix des Dames, car arrangée par Louise de Savoie et Marguerite d’Autriche. Les enfants de France sont récupérés contre une forte rançon. En 1535, la guerre reprend néanmoins en Provence et mars est favorable au Valois qui annexe la Savoie et le Piémont. Pour consolider ses acquis et affaiblir Charles Quint, François Ier s’allie avec les princes protestants allemands, et même avec l’Empire ottoman dont les galères sont accueillies pour l’hivernage dans le port de Marseille. En 1542, Charles Quint s’allie à son tour avec Henri VIII et saisit le port de Boulogne.

Entre-temps, François Ier a tourné son regard vers les Amériques pour tenter de rattraper sur mer l’avance considérable de son rival, maître déjà de colonies au Mexique et au Pérou, riches en métaux précieux. Grâce au marchand dieppois Jean Ango et au Florentin Giovanni da Verrazzano, les Français apprennent l’existence de la Floride et de Terre-Neuve. En 1534, le marchand Jacques Cartier et le soldat Jean François de Roberval prennent possession de la Nouvelle-France (le Canada) et commencent à rechercher un passage au nord-ouest.

Le règne de François Ier est cependant marqué par les premières tensions religieuses. Originellement, la politique du souverain en la matière est plutôt tolérante. Le concordat de Bologne lui a donné le pouvoir de nommer les évêques et les abbés et le cénacle d’humanistes qui entourent sa soeur Marguerite, avec la figure notable de Lefèvre d’Étaples, promeut une pensée évangéliste qui pourrait faire office de via media entre catholicisme et réforme.

Cependant, l’Église de France durcit ses positions et, en 1534, des placards cloués sur la porte de la chambre du roi à Blois déclenchent l’ire royale et la persécution de tous les « hérétiques ». Pas seulement les luthériens : le parlement d’Aix envoie ainsi au bûcher les Vaudois du Lubéron. À la mort du roi, due à une septicémie liée à un abcès, en 1547, la France demeure unifiée religieusement. Le mariage du roi avec Claude de France, fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne, a permis le rattachement de la Bretagne au royaume. La confiscation des terres du duc de Bourbon y a également intégré des fiefs du centre de la France. François Ier fut un monarque fort ; cependant les États, aux mains des grands de France, continuaient d’imposer leur loi à une monarchie qui demeurait consultative. L’absolutisme qu’encourageaient les théoriciens politiques du temps n’était encore qu’un rêve au moment ou le prince Henri monta sur le trône sous le nom d’Henri II.

 

Pascal Brioist
professeur d’histoire moderne à l’université de Tours
Centre d’études supérieures de la Renaissance


Programme des manifestations

Editions

François Ier, Didier Le Fur. Biographies. Editions Perrin, 2015, 1024 p.

 

1515 Marignan, Amable Sablon du Corail, Editions Tallandier, 2015, 512 p.

 

Marignan, 1515, Didier Le Fur, Editions Perrin, Tempus, 2015, 400 p.

 

Le Roi et la Salamandre un jeu vidéo qui invite le jeune public à découvrir François Ier
A l’occasion des 500 ans de l’avènement de François Ier, le CMN invite les plus jeunes (de 6 a 12 ans) a découvrir les monuments nationaux liés a François Ier de manière ludique et pédagogique. Le jeu vidéo Le Roi et la Salamandre sera disponible dès le mois d’avril sur tablette et sur internet. Un second volet verra le jour au mois de septembre, avec encore plus de monuments à explorer.

Manifestations

France
Centre - Val de Loire

du 30 juin au 3 juillet 2015
Colloque International d'Etudes Humanistes : François Ier, roi de guerre, roi de paix
Ce colloque international organisé par le Centre d'Etudes supérieures de la Renaissance, UMR 7323 du CNRS, Université François-Rabelais de Tours sera l'occasion de faire le point sur les recherches les plus récentes sur l'un des plus grands souverains de la Renaissance en étudiant plus précisément la figure du "roi de guerre" et de son pendant le "roi de paix".
Invité d'honneur pour la séance inaugurale : Robert Knecht, professeur émérite d'histoire française, Université de Birmingham.
Programme du colloque sur le site web du CESR. Mise en ligne des interventions sur le Portail Intelligence des Patrimoines.
Lieux :
CESR, 59 rue Néricault Destouches, 37000 Tours, du 30 juin au 2 juillet 2015
Domaine de Chambord, 41250 Chambord, le 3 juillet 2015

 

24 – 27 juillet 2015
Spectacle Historique : Reconstitution de la célébration de Marignan
Événement international organisé par le Centre d’Études Supérieures de la Renaissance, la ville de Romorantin, le Château du Clos Lucé et les offices de Tourisme du Loir et Cher et d’Indre et Loire. Cette représentation spectaculaire de la bataille de Marignan telle que l’avait créée Léonard de Vinci en 1518 rassemblera 400 figurants et comédiens.
Responsable du projet : Pascal Brioist, professeur d’histoire (CESR, Université de Tours)
Scénographie : Pascal Brioist, Jean-Louis Dumont
Partenaires Scientifiques : Équipe Alimentation (LÉA) EA 6294 - Laboratoire
Irhis (Université Lille 3) - Musée de l’Armée - Paris Sorbonne
Programme du spectacle : Mise en ligne du spectacle sur le site Marignan.
Lieux :
Parc de Beauvais, 41200 Romorantin les 24 et 25 juillet 2015
Parc Léonard de Vinci, Château du Clos Lucé, 37400 Amboise les 26 et 27 juillet 2015

 

du 4 juillet au 18 octobre 2015
Exposition de la Ville de Blois avec le partenariat exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France Trésors royaux. La bibliothèque de François 1er
Lieu : Château Royal de Blois, 6 Place du Château - 41000 Blois
Pour la première fois seront réunis les plus précieux des livres de François Ier, rarement présentés au public, accompagnés d’une sélection d’objets d’art provenant eux aussi des collections royales et pour la plupart issus des collections de la BnF : livres manuscrits et imprimés, reliures précieuses, gravures et dessins, monnaies, médailles et objets d’art

 

1515-2015 : Chambord célèbre François Ier
Voir le progamme

Ile-de-France

du 24 mars au 21 juin 2015
Exposition : François Ier. Pouvoir et image
Lieu : BnF François-Mitterrand
Quai François-Mauriac, Paris XIIIe, Galerie I

 

Jeudi 9 avril 2015
Colloque suivi d’un concert donné par l’ensemble Doulce Mémoire
Lieu : BnF François-Mitterrand
Quai François-Mauriac, Paris XIIIe, Grand Auditorium

 

Jeudi 1er octobre 2015 à 18h
Conférence : «1515 Marignan. L’or de François 1er, l’honneur des Suisses »
par Amable Sablon du Corail, conservateur en chef du patrimoine,
chargé du département du Moyen Age et de l’Ancien Régime.
Lieu : Archives nationales
Hôtel de Soubise
60 rue des Francs-Bourgeois – 75003 Paris
RSVP :
Tél. : 01 40 27 62 28
Courriel : saaf.france@gmail.com

 

Picardie

du 7 septembre au 7 décembre 2015
Exposition : Le siècle de François Ier
Du Roi guerrier au mécène des arts
Lieu : Château de Chantilly - 60500 Chantilly
Tél. : 03 44 27 31 80
Informations supplémentaires

Médias-Com – Filmographie – Archives et Documentation

. Sites Internet :

1515-2015 : François Ier, la Renaissance en Val de Loire

 

Marignan 1515/2015