Vincent Auriol

Revel (Haute-Garonne), 27 août 1884 - Paris, 1er janvier 1966

Vincent Auriol visitant la Foire de Paris, 12 mai 1953.
© Roger-Viollet

Le 16 janvier 1947, Vincent Auriol était élu président de la République. C’était un modèle de fermeté et d’esprit de conciliation qui arrivait ainsi à l’Élysée.

Fermeté d’abord quand il s’agit de rompre avec son milieu familial hostile à ses idées socialistes qui sous-tendaient déjà son combat d’avocat et de journaliste. La Haute-Garonne, où il naquit, était une terre radicale. Il s’y présenta à la députation en 1914 contre un tenant du radicalisme qui, croyant ruiner les chances de son adversaire, l’attira sur le champ de la liberté de l’enseignement. Auriol s’en fi t alors le chantre et fl étrit même l’anticléricalisme ; propos qui lui valurent le soutien des catholiques de progrès et son élection. Élu à la Chambre alors que la guerre allait éclater, il vota les crédits militaires, mais refusa la participation socialiste au gouvernement en 1917 et s’opposa à Clemenceau.

Fidèle au socialisme réformiste, il dut affronter la critique des communistes quand, entre autres, il fut ministre des Finances du Front populaire et lorsque ceux-ci entrèrent dans une position d’affrontement lors des prémices de la Guerre froide. Il ne manqua pas d’assumer fermement ses décisions (dévaluation en 1936) et soutint le ministre de l’Intérieur lors de la répression des émeutes de 1947.

Antimunichois notoire, il refusa les pleins pouvoirs constituants à Pétain en juillet 1940. Arrêté, puis interné jusqu’en mars 1941, il fut assigné à résidence à Muret avant d’entrer dans la clandestinité en novembre 1942 et de rejoindre Londres en octobre 1943 où Charles de Gaulle le nomma à l’Assemblée consultative provisoire. Il y défendit le travail parlementaire dans un milieu hostile aux pratiques de la IIIe République. Son esprit de conciliation apparaissait déjà dans les sources de son socialisme. Il y entrait le christianisme social familial, un fond guesdiste toulousain et un « jauressisme » qui allait in fine l’emporter. Adhérant à la SFIO1 dès 1905, il suivit Léon Blum au congrès de Tours. Il joua souvent alors, au sein des socialistes, un rôle centriste, « synthésiste », disait Jules Moch. Ce fut net, notamment, en 1924 à l’endroit du gouvernement du Cartel ou lors de l’émergence du courant néo-socialiste. Il fut aussi l’un des artisans du rapprochement des gauches en 1935. À la Libération, il fut un intermédiaire entre de Gaulle et les socialistes trop prompts, selon lui, à vouloir rompre avec le chef du GPRF2 et les démocrates-chrétiens du MRP. Ce fut, sans doute, pour cette raison que le Général le nomma ministre d’État en charge des relations avec l’Assemblée en septembre 1945. Il n’eut de cesse de convaincre la gauche de travailler avec le MRP pour donner au pays une Constitution qui fût acceptée par le plus grand nombre. Il savait qu’on ne pouvait faire l’économie d’une large adhésion au moment où de Gaulle quittait les affaires et commençait à dénoncer la faiblesse du régime à venir.

Vincent Auriol, président de la République, serait l’exemple de la fermeté au service de la conciliation, mais souvent dans l’amertume de l’impuissance. Parce qu’il voulut être ferme devant la menace communiste et celle du RPF, il se fit l’agent de la conciliation des contraires en permettant la sédimentation de la Troisième Force. Il entendait faire valoir des logiques parlementaires ; mais ce furent bien celles des partis qui eurent raison de cette coalition. Et Auriol, contre son gré, y pourvut quand il nomma Antoine Pinay à la présidence du Conseil. Certes, il s’entendit avec ce dernier et il retrouvait avec lui – comme sous Ramadier – une sorte d’efficience dans ses fonctions, mais le débauchage de certains gaullistes pour former la majorité, loin de consolider le régime, le ruina par la mort de la Troisième Force. Et la nouvelle combinaison accroissait l’incompréhension de la SFIO à l’égard d’Auriol, d’autant qu’il n’était guère en accord avec le premier secrétaire socialiste Guy Mollet. Auriol voulut que la présidence de la République ne fût pas que d’apparat. Il dut pourtant accepter que le Quai d’Orsay dirigeât la diplomatie dans un sens qui ne fût pas le sien sur la politique allemande, européenne et coloniale. Il ne se résignait pas à l’impuissance ; aussi put-il éviter la déposition du sultan du Maroc en 1951.

Alors qu’il était quasi inconnu des Français en 1947, Auriol était devenu populaire quand s’acheva son mandat. Il s’éteignit à quatre-vingt-un ans, non sans avoir soutenu le retour de de Gaulle au pouvoir, mais aussi dénoncé l’élection du président de la République au scrutin universel direct. Il n’était plus alors adhérent de la SFIO depuis 1958.

 

Philippe Dazet-Brun
professeur d’histoire contemporaine
Institut catholique de Toulouse
mainteneur de l’Académie des Jeux floraux