Marcel Cerdan

Sidi bel Abbès (Algérie), 22 juille 1916 - archipel des Açores, 28 octobre 1949

Comme toutes les légendes, celle de Marcel Cerdan nous interroge sur sa genèse. Pourquoi l’épopée du « Bombardier marocain » est-elle à ce point ancrée dans la mémoire collective ?

On sait de lui qu’il est né à Sidi bel Abbès, quelques années avant que n’y décède son homonyme Honorato Cerdan, le premier « homme projectile », mais qu’il grandit à Casablanca où son père, charcutier, avait déménagé la famille nombreuse.

On sait qu’avant de forger son destin à la force des poings, il rêvait de devenir footballeur et qu’il joua deux fois dans l’équipe du Maroc avec le grand Larbi Benbarek, « la Perle noire ».

On sait de lui que, comme tous les frappeurs, il avait la main droite fragile ; mais que, rapides comme l’éclair, ses coups dégageaient une énergie dévastatrice vérifiant la fameuse équation e = mc2 : cent dix-neuf victoires, dont soixante et une par K.-O., soit 51 % d’effectivité dans la commotion cérébrale.

On sait qu’entre autres prouesses il terrassa Robert Charron « le Diable » au Parc des Princes, Saverio Turiello « la Panthère de Milan » au vélodrome Vigorelli de Milan, Georgie Abrams, « Mâchoire de granit », au Madison Square Garden.

On dit qu’il corrigea José Ferrer, « l’Aigle catalan », qui s’était présenté sur le ring dans un peignoir griffé de la croix gammée, l’envoyant huit fois au tapis… mais qu’il pria toute la nuit au chevet de Gustave Humery, « le Tueur », qu’il venait de plonger dans le coma treize secondes à peine après le gong sous la verrière zénithale du palais des sports de Grenelle.

On sait de lui qu’en 1948, au faîte de sa gloire, Cerdan, « The B 52 », terrassa aux États-Unis Tony Zell, « l’Homme d’acier », pour être sacré champion du monde des moyens et qu’à son retour il descendit les Champs-Élysées acclamé par la foule, ranima la fl amme du Soldat inconnu à l’Arc de triomphe, fut reçu par le président Auriol.

On dit aussi que son père le fit monter pour la première fois sur le ring à l’âge de huit ans, tel un Mozart du noble art, qu’il porta toujours sous son short officiel la culotte bleue cousue par sa mère, qu’il fut le grand amour de la petite Môme, qu’il posa avec la violoniste prodige Ginette Neveu et son stradivarius, juste avant l’embarquement du fatal Paris-New York qui s’écrasa aux Açores.

Alors pourquoi, en définitive, une légende Cerdan ?

Parce que, enfant pauvre des colonies, il triompha en Amérique et séduisit notre plus célèbre chanteuse ?

Ou parce qu’il mourut jeune, prit une maîtresse sans jamais quitter sa femme, vit son rêve américain brisé par Jake LaMotta, « le Taureau du Bronx », manipulé par la mafia ?

Parce qu’il fut un vainqueur glorieux ou un perdant magnifique ?

L’alchimie du mythe demeure une énigme. On sait seulement, depuis Aristote, qu’il est composé de merveilles…

 

Hervé Delmare
diplômé de l’École nationale d’administration
et de la Fondation européenne des métiers de l’image et du son

 

Voir aussi la généalogie de Marcel Cerdan disponible sur Geneastar, un service de Geneanet

 

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