Découverte du site de Solutré

1866
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La fin du Second Empire fut marquée par la naissance de la « science des origines » avec la découverte des gisements archéologiques d’Aurignac (1860), de La Madeleine, du Moustier (1864) et de Solutré en 1866. Avec Cro-Magnon (1890), la paléontologie humaine mit fi n au paradigme biblique déjà mis à mal par Champollion, Boucher de Perthes et Darwin. Les sites de France, éponymes de civilisations dites préhistoriques, sont devenus célèbres dans le monde.

 

Dans ce contexte, deux membres éminents de l’Académie de Mâcon – Henry Testot-Ferry et Adrien Arcelin – cherchaient des fossiles au pied des côtes jurassiques du Mâconnais. Une pointe de silex taillé, ramassée sur le chemin conduisant du village à la Roche de Solutré, les intrigua. En septembre 1866, ils pratiquèrent un sondage dans une parcelle au nom révélateur : le Crot du Charnier.

 

Les trouvailles dépassèrent leur espérance : des foyers intacts, des traces de huttes, des ossements de rennes, de chevaux, de mammouths… mêlés à des silex taillés ! Parmi ceux-ci, des pointes de javelots foliacées dont la forme imposa le nom : feuilles de laurier. Ce nouveau faciès culturel de l’âge du renne – actuel paléolithique supérieur – devint le « solutréen » en 1872. Avec un troisième savant, l’abbé Antoine Ducrost, géologue, l’étude du site de Solutré s’intensifi a. Beaucoup plus étendu qu’on ne l’eût cru, le gisement apparut en profondeur d’une grande complexité dans ce dépôt de pente. Les strates de cailloutis et des blocs effondrés se superposaient sur six à sept mètres : Ducrost devançait de quelques années un autre ecclésiastique célèbre, l’abbé Breuil. Cent ans après la découverte, sous la direction de Jean Combier, des fouilles modernes précisèrent, par la datation au radiocarbone, nos connaissances sur un pan entier de la préhistoire.

 

Ces recherches ont révélé toutes les cultures qui se sont succédé là, au cours des dernières variations climatiques, depuis le moustérien des hommes de Néandertal jusqu’aux derniers chasseurs-cueilleurs magdaléniens, nos lointains parents !

 

En Europe, une aussi longue présence humaine (environ cinquante millénaires) est exceptionnelle et ne s’explique que par sa situation sur un itinéraire migratoire de hordes d’animaux, notamment de chevaux sauvages abattus à Solutré en grand nombre.

 

Jean Combier
directeur de recherches au CNRS
président d’honneur de l’Académie
des sciences, arts et belles-lettres de Mâcon