Création de l'Académie des beaux arts

21 mars 1816

En 2016 l’Académie des beaux-arts dont j’ai l’honneur d’être le secrétaire perpétuel célèbre le bicentenaire de sa création sous sa forme actuelle. La publication de ce recueil me donne l’occasion de préciser les circonstances de cet événement et par là même de replonger dans une histoire aussi passionnante que troublée ; notre institution a en effet vécu de manière directe, de même que les autres académies composant l’Institut de France, les répercussions de la période révolutionnaire.

En 1793, la Convention avait aboli l’Académie royale de peinture et de sculpture, « dernier refuge de toutes les aristocraties », selon le célèbre discours de Jacques-Louis David, son illustre membre devenu le plus farouche partisan de sa dissolution. Depuis cette date jusqu’à son institution définitive sous l’appellation d’Académie des beaux-arts en 1816, soit en l’espace de vingt-trois ans, notre compagnie changea près de cinq fois de nom et d’organisation. Vocabulaire des temps oblige, ce fut d’abord le « Jury national des arts » puis le « Club révolutionnaire des arts ».

Puis, deux dates essentielles dans la structuration de l’Académie et de l’Institut vinrent remodeler son destin : le 25 octobre 1795, la Convention établit l’Institut national des sciences et des arts, regroupant les artistes mais aussi les écrivains au sein de la « troisième classe de la littérature et des beaux-arts » ; le décret de 1803, par lequel le Premier consul réorganise l’Institut en y singularisant pour la première fois les artistes à travers une « classe des beaux-arts » (la quatrième classe de l’Institut), mais surtout en lui affectant, en lieu et place des espaces du Louvre saturés, un lieu dédié spécifi quement, le collège des Quatre-Nations, ancien palais de Mazarin, dénommé depuis cette date « palais de l’Institut ».

L’ordonnance royale du 21 mars 1816 introduit peu de changements dans l’organisation de la quatrième classe par Napoléon en différentes sections (peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et compositeurs). En rétablissant, en revanche, le terme d’académies (la quatrième classe de l’Institut devenant ainsi officiellement l’Académie royale des beaux-arts), la seconde Restauration réinscrit symboliquement notre institution dans la lignée de l’ancienne Académie royale de peinture.

Ayant, depuis, traversé le temps et les changements de régime, l’appellation d’Académie des beaux-arts a perduré jusqu’à ce jour pour ne plus incarner que sa signification étymologique ou philosophique : celle d’une assemblée d’artistes et de personnalités émérites du monde de l’art et de la culture, qui oeuvre à l’encouragement de la création artistique dans toutes ses expressions.

 

Arnaud d’Hauterives
Secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts