Entrée en guerre de l’Amérique avec «toutes ses forces»

Avril 1917
Photographie « Archives de guerre »  (États-Unis) non signée, 1917, Saint-Naz...

Alors que s’ouvre à l’été 1914 le conflit européen, le président démocrate Thomas Woodrow Wilson appelle les Américains à la neutralité, avant d’engager plusieurs tentatives de médiation qui resteront sans lendemain. Au printemps 1915, le torpillage du Lusitania fait monter la tension entre Berlin et Washington mais les Allemands vont limiter leur guerre sous-marine pour ne pas provoquer la grande puissance d’outre-Atlantique. La proximité de l’élection présidentielle de novembre 1916 impose le maintien de la neutralité et le président, hostile au blocus naval imposé par l’Entente, limite ses possibilités d’emprunt auprès des banques new-­yorkaises. Il s’agit d’éviter, en cas de risques pour les créances ainsi engagées, que l’Amérique ne soit un jour entraînée dans le conflit…

Lors de son discours sur l’état de l’Union de janvier 1917, Wilson s’est pro­noncé pour une « paix sans victoire » fondée sur les grands principes formulés l’année suivante dans les « Quatorze Points », mais la décision allemande, rendue publique le 1er février, d’engager, pour faire plier l’Angleterre, la « guerre sous-­marine à outrance » crée une situation totalement nouvelle. Les Allemands pensent emporter la décision en six mois de lutte, au plus au bout d’un an… bien avant que l’Amérique soit en mesure d’intervenir en Europe. Malgré les adjurations de Bernstorff, l’ambassadeur à Washington, qui conseille d’exa­miner le projet de « paix sans victoire », les dirigeants de Berlin décident de franchir le pas et en informent l’ambassadeur américain au moment où Bernstorff fait de même auprès du secrétaire d’État Lansing. Reporter de quelque temps le déclenchement de la guerre sous­-marine aurait pu être une suprême habileté de l’Allemagne ; en attendant que l’Entente rejette les propositions de Wilson, elle se mettait en position de force pour la déclencher un peu plus tard, dans une situation telle qu’il serait désormais impossible au président américain de lui déclarer la guerre, après le rejet par l’Entente de ses propositions de compromis.

Le 2 février, Wilson annonce au Congrès la rupture des relations diplomatiques mais dit attendre « un acte manifeste ». Le 26 février et le 1er mars deux cargos américains parviennent à Bordeaux après avoir traversé l’Atlantique sans encombre mais, au cours du mois de mars, l’Algonquin, l’Illinois et le paquebot Vigilentia sont successivement coulés, et donc perpétrés les « actes d’injustice voulus » attendus par le président pour entrer en guerre. Entre­temps, l’opinion américaine a eu connaissance du « télégramme Zimmermann », une dépêche adressée à Bernstorff, interceptée et décryp­tée par les Anglais. Elle suggère une manœuvre consistant à entraîner le Mexique, voire le Japon, dans une guerre contre les États-­Unis. Une affaire qui accroît la germanophobie née de la guerre sous-­marine.

Le 20 mars, le président convoque le Congrès en session extraordinaire pour le 2 avril. Il dénonce l’atteinte à la liberté des mers, les manœuvres allemandes hostiles aux États-­Unis et fait valoir le changement de régime intervenu en Russie en février pour justifier que les États-­Unis « s’associent » à l’Entente, perçue désormais comme le camp du droit et de la démocratie. Le Sénat vote la guerre, déclarée le 6 avril, par 82 voix contre 6 et la Chambre des représentants par 373 voix contre 50.

Dans son message au Congrès, Wilson a annoncé que la nation s’engageait dans la guerre avec « toutes ses forces ». Sur le plan militaire, la population nombreuse et jeune des États-­Unis pourra fournir des effectifs en mesure de renverser la balance des forces en faveur de l’Entente, mais pas avant l’été de 1918. Le temps de constituer et d’instruire une véritable armée. Sur le plan financier, c’est au Trésor fédéral et non plus aux banques new-­yorkaises que les gouvernements de l’Entente vont désormais s’adresser et le Congrès autorise l’exécutif à prêter jusqu’à dix milliards de dollars aux « associés » des États-­Unis. Washington entraîne dans la guerre de nombreux pays latino­-américains et l’Entente va ainsi disposer des cinq sixièmes de la flotte marchande mondiale, de quoi surmonter en quelques mois les effets de la guerre sous­-marine. Outre l’atout que représentent les capacités industrielles de la première puissance économique du monde, il faut compter également avec l’effet de cette intervention sur le moral des soldats et des peuples de l’Entente. Commandant en chef de l’armée française à partir du 15 mai 1917, Pétain peut annoncer qu’il « attend les Américains et les tanks ». Il suffit désormais de « tenir ». Un an plus tard, l’engagement massif des Sammies s’avérera décisif pour assurer la victoire de l’Entente.

Philippe Conrad

historien

 

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