Martine Carol

Saint-Mandé (Val-de-Marne), 16 mai 1920 – Monte-Carlo (principauté de Monaco), 6 février 1967

Après beaucoup de persévérance, Martine Carol connaît la gloire à trente ans avec Caroline chérie, créature née de l’imagination de Cecil Saint-Laurent. Sa blondeur éclatante, sa réelle photogénie, son côté « brave fille » faisaient en effet merveille dans la tourmente de la Révolution française, prétexte (aussi) à successivement dénuder son sein droit, son sein gauche, toute sa poitrine, ses cuisses et enfin son corps entier, dans un saillant contre-jour… Le public ne s’y trompa pas et assimila immé­diatement l’une à l’autre. Une star était née, là où avaient échoué un suicide manqué (1947) et de multiples idylles tapageuses. Dès lors, Martine Carol fut considérée comme le sex­-symbol de la France, et allait incarner différentes héroïnes de l’Histoire (ou de la Petite Histoire) dont la personnalité aura été remodelée à ses dimensions. Lucrèce Borgia (1953), Madame du Barry (1954), Nana (1955), sans oublier les rôles modernes d’Adorables Créatures (1952) et de Nathalie (1957), portèrent ainsi la réputation de son profond décol­leté à son zénith, et firent de Martine Carol la reine du box­-office français des années 1950. À l’exception de Caroline chérie, réalisé par Richard Pottier, tous ces films sont de Christian-­Jaque, le père de Fanfan la Tulipe. Auprès de lui, elle trouva non seulement la consécration professionnelle, mais aussi la reconnaissance de ses pairs, qui l’ont récompensée à trois reprises par une Victoire de la meilleure actrice (l’ancêtre des César) en 1953, 1954 et 1956.

En 1956, du 9 mai à fin juillet, ce fut le couronnement de sa carrière : notre ambassadrice n°1, avec (son mari) Christian-­Jaque, promena (officiel­lement) l’image de la « douce France » à travers les principales capitales mondiales ; leurs films étant exportés comme le champagne, les parfums et la haute couture…

Martine Carol consolida son éclatante réussite en tournant également pour Max Ophüls le sublime et prémonitoire Lola Montès, échec public lors de sa sortie en 1955 mais considéré aujourd’hui comme l’apothéose de sa carrière, dont 1958 fut l’année charnière. Son divorce d’avec Christian-­Jaque annonça en effet son déclin, accéléré par l’arrivée de la Nouvelle Vague, qui allait passer à côté d’elle, mais surtout par celle de Brigitte Bardot, qui l’écarta de quelques coups de reins. Démodée, ce qu’elle fit après ne pouvait plus compter et ne compta plus, même pas Le cave se rebiffe (1961), dialogué avec brio par Michel Audiard. Et elle devint ce que les Américains appellent cruellement un « has­been ». Quelqu’un qui « a été ».

Alors qu’elle cherchait éperdument à renouer avec la célébrité, Martine Carol a été retrouvée sur le sol de la salle de bains d’un palace monégasque, victime d’une « crise cardiaque foudroyante », dit l’acte officiel, à quarante-­six ans…

Le sort allait s’acharner sur elle, des voleurs n’hésitant pas à profaner sa tombe pour mettre la main sur des bijoux, enterrés, croyait-­on, avec elle, au cimetière du Grand Jas à Cannes.

Parmi nos stars éternelles, Martine Carol reste l’une des plus attachantes.

Dominique Choulant

biographe

 

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