Dédicace de l’église Notre-Dame de l’abbaye de Jumièges

1 er juillet 1067

Au détour d’un méandre de la Seine, l’apparition du sommet des tours de l’église Notre-Dame, émergeant de la cime des arbres, fait toujours forte impression au visiteur qui découvre le site de l’ancienne abbaye de Jumièges. Une fois franchi le porche, c’est la vision saisissante de la façade de l’abbatiale en pierre blanche, toute de puissance et de majesté austère. L’atmosphère mystérieuse qui se dégage de ce sanctuaire abandonné, le calme du parc et de ses allées ombragées confèrent une dimension unique à ces vestiges que Robert de Lasteyrie (1849-1921) considérait comme « l’une des plus admirables ruines qui soient en France ».

Malgré les destructions de l’époque post-révolutionnaire, Notre-Dame de Jumièges a conservé d’importants restes romans. Ils appartiennent à un édifice dont la construction fut entreprise en 1040 par l’abbé Robert Champart, sur l’emplacement d’une église détruite par les Vikings. Appelé en Angleterre par le roi Édouard le Confesseur, Robert fut nommé évêque de Londres en 1044. Il participa alors à la réalisation d’un projet qui était cher au roi, la reconstruction de l’église de Westminster. Inspirées du modèle de Notre- Dame de Jumièges, les dispositions adoptées, une nef de vastes proportions, de hautes arcades et une grande tour à la croisée du transept, étaient d’une totale nouveauté outre-Manche. À Jumièges, la nouvelle église devait être à peu près achevée lorsque, en 1066, toutes les forces vives du duché furent mobilisées pour la préparation d’une expédition militaire contre Harold, usurpateur de la couronne d’Angleterre. Vainqueur à Hastings le 21 octobre, le duc Guillaume fut couronné roi à la Noël 1066 dans la nouvelle abbatiale de Westminster. Ce n’est qu’en mars 1067 qu’il rentra en Normandie. Ce retour, dont le programme avait été soigneusement mis au point au cours de l’hiver, prit les allures d’une tournée triomphale. Guillaume célébra la fête de Pâques à Fécamp, où il offrit à ses invités de marque un banquet d’un faste inouï. Quelques semaines plus tard, ce fut la consécration de l’abbatiale de Saint-Pierre-sur-Dives. La dédicace de Notre-Dame de Jumièges, que Guillaume avait tenu à présider, fut le point d’orgue de ces festivités. Elle fut célébrée le 1er juillet par Maurille, archevêque de Rouen, en présence des évêques d’Avranches, de Coutances, de Lisieux et d’Évreux et d’une foule de barons. Cette grande cérémonie ne marquait pas seulement l’achèvement d’un chantier où s’illustrait avec éclat le savoir-faire des bâtisseurs du duché. Elle témoignait aussi du renouveau du monachisme normand au milieu du xie siècle et de la puissance d’une classe dirigeante soucieuse d’effacer, par de grandes réalisations architecturales, le souvenir des exactions de ses ancêtres vikings.

 

Jacques Le Maho
CNRS, Centre Michel de Boüard, Caen

 

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