Victor Cousin

Paris, 28 novembre 1792 – Cannes (Alpes-Maritimes), 13 janvier 1867

Appelé en 1815 par Royer-Collard comme suppléant pour assurer le cours de philosophie moderne à la Sorbonne, déjà maître de conférences à l’École normale, Victor Cousin abandonne bientôt l’étroite question technique de la perception extérieure, soit la critique de Locke par l’école écossaise, pour débattre de Leibniz et de Kant et présenter à son public Schelling et Hegel rencontrés en Allemagne en 1817 et 1818. Cet élargissement de l’horizon de l’enseignement philosophique français pour mieux lutter contre la doctrine de la sensation de Condillac et des idéologues et « faire renaître la France à la haute philosophie » (Jouffroy) se heurte à une épreuve politique : Cousin est destitué de sa chaire en 1820, et privé de sa conférence à l’École normale en 1822. Il voyage de nouveau en Allemagne : arrêté par la police prussienne sous l’accusation de charbonnerie et soupçonné d’un complot libéral, il reste six mois au cachot. Réprimé par la France de la Restauration pour ses idées philosophiques, emprisonné par la Prusse pour ses convictions politiques, il prend l’habit du philosophe persécuté. Réintégrant en 1828 la Sorbonne à la faveur du ministère Martignac, auréolé d’avoir incarné successivement les malheurs de la philosophie puis sa renaissance, applaudi par un auditoire enflammé de passions libérales, Cousin « mit le feu à la philosophie » (Bersot) avec son célèbre cours d’Introduction à la philosophie. Son ami Hegel dira : « Il m’a pris quelques poissons, mais il les a noyés dans sa sauce. » En réalité, Cousin n’a puisé outre-Rhin que l’inspiration pour restaurer une philosophie nationale française, avec un éclectisme qui donne la psychologie comme vestibule de la philosophie, et identifie la matière et la forme de celle-ci à son histoire. Cette alliance de l’idée philosophique avec la liberté publique reçoit sous la monarchie de Juillet sa consécration. Victor Cousin devient membre du Conseil supérieur de l’instruction publique, président de l’agréga- tion de philosophie, directeur de l’École normale et pré sident de l’Académie des sciences morales et politiques : il ne professe plus, il gouverne la philoso- phie, assignant à l’enseignement de celle-ci la tâche de couronner les études secondaires de l’aristocratie légitime de la société libérale moderne. En proie aux attaques de l’Église contre le monopole universitaire et le rationalisme spiritualiste de « l’État enseignant », il adopte une prudence qui l’éloigne de la liberté d’expression revendiquée en 1828 pour apparaître comme la recherche d’accommodements politiques qui trahissent la philosophie. Il passe sa retraite après le coup d’État de 1851 à corriger ses cours et ses travaux sur les femmes du xvii e siècle. « Tout le secret de cette vie, écrira Jules Simon, c’est que Cousin a aimé et cultivé surtout la politique de la philosophie. » Patrice Vermeren professeur et directeur du département de philosophie université Paris-8

 

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