Paul-Jean Toulet

Pau (Pyrénées-Atlantiques), 5 juin 1867 - Guéthary (Pyrénées-Atlantiques), 6 septembre 1920

Poète malgré lui ou malgré le monde littéraire de son temps qui, comme aujourd’hui, donnait déjà la préséance au roman qui divertit les foules, Paul-Jean Toulet naît à Pau le 5 juin 1867. Comme il aime à le rappeler, de père et mère béarnais, il fut sans doute conçu à Maurice, « Douce plage où naquit mon âme » île où il séjournera trois ans, entre 1885 et 1888, après avoir été élevé dans la cité paloise. Sans être foncièrement cosmo- polite, Toulet passera sa jeunesse en voyages : après l’océan Indien, il résidera un temps à Alger où il fera ses premières armes dans la presse, puis gagnera la capitale. Ses débuts littéraires le cantonnent au roman, entre Monsieur du Paur (1898) et Mon amie Nane (1905), et c’est pour subsister qu’il finit par se faire nègre de Willy, comme un certain nombre de jeunes écrivains de la Belle Époque. Cette Belle Époque devient d’ailleurs la cage dorée de Toulet dont le nom reste associé à ses contributions à la revue mondaine La Vie parisienne et à son mode de vie volontiers aux antipodes de la bonne société, levé en fin d’après-midi pour une soirée dans ses points de chute favoris, les bars de la Paix ou de l’Élysée-Palace. L’attrait des voyages le conduit dans les premières années du siècle en Extrême-Orient, en compagnie de Curnonsky, colocataire et compagnon de noctambulisme de la période parisienne, mais il n’en rapporte guère les méditations poétiques de Claudel ou de Segalen, avant et après lui. Les soucis financiers et la volonté de s’ancrer de nouveau dans une terre qui demeure la sienne, celle de sa jeunesse, le poussent à quitter définitivement la capitale en 1912. Les huit dernières années de la vie de Toulet convergent vers une apothéose qui se fait attendre : pour qui fut romancier sans s’en contenter et dispersa au gré des petites revues littéraires les perles, ou les griffes, du collier qui deviendra les Contrerimes, le salut semble venir du petit groupe des Fantaisistes, Francis Carco en tête. Ces jeunes gens prisent le romancier et nouvelliste mais placent au-dessus de tout le poète et s’ingénieront à mettre au jour le recueil par lequel Toulet semble être entré dans la postérité. Les Contrerimes prendront l’apparence d’un tombeau, finalement publiées quelques mois après la mort de leur auteur, emporté par une congestion cérébrale que l’opium et l’alcool n’auront pas manqué de favoriser. Faune grammairien, Toulet eut la prétention et l’humilité de n’offrir à son lecteur « Qu’un peu de cendre » mêlée au miel de la poésie.

Antoine Piantoni

agrégé de lettres modernes

docteur en littérature et civilisation françaises de l’université Paris-Sorbonne