Joseph Wresinski

Angers (Maine-et-Loire), 12 février 1917 – Suresnes (Hauts-de-Seine), 14 février 1988

« Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les Droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré*. » L’enfance de Joseph Wresinski s’est déroulée dans des conditions difficiles qui ont marqué ses choix de vie et d’engagement. Fils d’un Polonais et d’une Espagnole internés dans un camp de regroupement pour étrangers, il est élevé par sa mère avec ses trois frères et soeur dans un quartier pauvre. Après son certificat d’études, il devient apprenti pâtissier à Angers puis à Nantes où il milite à la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) dont il appliquera toute sa vie la méthode : voir, juger, agir. À dix-­neuf ans, il décide de devenir prêtre afin de « rendre les pauvres à l’Église et l’Église aux pauvres ». Il se prépare au sacerdoce au grand séminaire de Soissons. Son cursus est interrompu par le service militaire en octobre 1937 puis par la guerre. Fait prisonnier en 1940, il s’évade et rejoint le séminaire. Il est ordonné prêtre en juin 1946.

Il est curé dans l’Aisne quand son évêque pense à lui pour aller rejoindre le camp ouvert à Noisy­-le­-Grand en banlieue parisienne à la suite de l’appel lancé par l’abbé Pierre en 1954. Y sont regroupées dans le plus grand dénuement deux cent cinquante­-deux familles : « Ce jour-­là, je suis entré dans le malheur. » Il consacre alors toutes ses énergies à faire connaître ce peuple en quête de dignité, dont il affirme qu’il a une pensée propre et une expérience unique. Il crée l’association « Aide à toute détresse » qui deviendra plus tard le Mouvement international ATD Quart Monde. Fort de son enfance dans la misère, il pro­clame que « ce n’est pas tellement de nourriture, de vêtements qu’ont besoin tous ces gens mais de dignité et de ne plus dépendre du bon vouloir des autres ».

Peu à peu, il est rejoint par des hommes et des femmes d’Europe puis de tous les continents, volontaires permanents, alliés bénévoles et militants issus du quart­-monde.

Nommé au Conseil économique et social (1979), il y présente en 1987 le rapport « Grande pauvreté et précarité économique et sociale » qui connaît une audience exceptionnelle bien au-­delà des frontières nationales. Le 17 octobre, 100 000 personnes assistent au Trocadéro à l’inauguration d’une dalle en l’honneur des victimes de la misère, cinq ans avant l’adoption par les Nations unies de la date du 17 octobre comme Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.

À sa mort, Geneviève de Gaulle-­Anthonioz, présidente d’ATD pour la France, écrit : « Pour lui, il n’y a pas les riches d’un côté et les pauvres de l’autre, mais des hommes et des femmes de toutes origines, de tous horizons, auxquels il a proposé une nouvelle éthique de l’engagement pour détruire la misère, fondée sur le besoin de dignité, de respect et de partage que toute personne porte au plus profond d’elle­même. »

* Texte gravé sur la dalle commémorative des victimes de la misère, parvis des Libertés et des Droits de l’homme, Trocadéro, Paris.

Paule René-Bazin

conservateur général du patrimoine honoraire

 

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