Germaine Ribière

Limoges (Haute-Vienne), 13 avril 1917 – Paris, 20 novembre 1999

« Avec quoi ferait-on la noblesse du monde, sinon avec celles qui la lui ont donnée ? » : ces mots d’André Malraux rendant hommage aux Résistantes en mai 1975, il est naturel de les citer pour évoquer la vie de Germaine Ribière. Un médecin de l’OSE – OEuvre juive de Secours aux enfants – devait l’appeler « notre héroïne des temps de détresse » pour son rôle dans le sauvetage de nombreux enfants et d'adultes, rôle reconnu par sa proclamation de « catholique croyante et patriote française », « Juste parmi les nations » en 1967. Née dans une famille chrétienne du Limousin, elle fit ses études supérieures à Paris où elle devint une responsable de la Jeunesse étudiante chrétienne féminine. Convaincue des dangers du nazisme tels que dénoncés par Pie XI dans l’encyclique Mit Brennender Sorge, elle chercha à faire partager son sentiment au sein de la JECF. Elle y fut encouragée par son aumônier, le jésuite Yves de Montcheuil. À partir de 1941, Germaine Ribière fut une proche collaboratrice du père Chaillet, fondateur de Témoignage chrétien, mouvement Résistant dont le journal clandestin, Cahiers du Témoignage chrétien, connut une diffusion impor­tante. En zone occupée comme en zone libre, elle mobilisa ses camarades pour trouver des familles d’accueil et des institutions où furent cachées des centaines d’enfants. Il lui arriva d’en convoyer vers la Suisse, à l’époque où Pierre Laval, chef du gouvernement de l’État français, avait déclaré qu’il faisait de la « prophylaxie » et que les enfants seraient déportés avec leurs parents. Elle fit aussi connaître la politique d’extermination mise en œuvre sur le territoire polonais. Dans le Sud-­Ouest, ses renseignements contribuèrent à motiver la fermeté du mandement de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse qui, à la fin d’août 1942, souligna que tout n’était pas permis contre les étrangers, « nos frères ». En février 1943, à Lyon, elle empêcha des arrestations dans les locaux de L’Amitié chrétienne. Ses liens avec les organisations juives furent utilisés après guerre sur la suggestion du cardinal Gerlier, du père Chaillet et du grand rabbin Kaplan. Dans l’affaire des enfants Finaly, orphelins de parents juifs morts en déportation, Germaine Ribière assura leur retour d’Espagne conformément à un arrêt de la Cour de cassation qui les confiait à leur tante Hedwige Rosner, rescapée des camps d’extermination. Baptisés catholiques en 1948, Gérald et Robert Finaly avaient été cachés par des religieux inconséquents. La mission réussie de Germaine Ribière mit fin à huit ans de tensions.

Christine Levisse-Touzé
directrice du musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris et du musée Jean Moulin
et
Charles-Louis Foulon
docteur en études  politiques et en histoire

 

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