Georges Guynemer

Paris, 24 décembre 1894 – Poelkapelle (Belgique), 11 septembre 1917

Le 11 septembre 1917, au cours d’un combat aérien au-dessus du village belge de Poelkapelle, le capitaine Georges Guynemer disparaît, « tombé en plein ciel de gloire, après trois ans de lutte ardente », selon les termes de sa dernière citation à l’ordre de l’armée. Cette disparition a un retentissement énorme dans la presse nationale et internationale qui depuis deux ans fait sa une des exploits du pilote : la jeunesse de celui-ci, sa personnalité, son palmarès alors inégalé de cinquante-trois victoires aériennes expliquent en large part cette immense popularité, entretenue par la propagande officielle.

Pourtant, quand éclate la guerre, Georges Guynemer, élève brillant âgé de vingt ans à peine, se voit par deux fois opposer un refus à ses demandes d’engagement, en raison de sa faible constitution. Sa ténacité l’emporte le 23 novembre 1914, quand il parvient à entrer à l’école d’aviation de Pau, d’abord comme aide-­mécanicien, puis comme élève pilote, engagé pour la durée de la guerre. Breveté pilote en avril 1915, il est affecté en juin à la bientôt fameuse escadrille numéro 3, celle des Cigognes, où il effectue d’abord des missions de reconnaissance, avant de livrer son premier combat aérien victorieux le 19 juillet, avec son mécanicien Guerder. Promu sergent et décoré de la Médaille militaire, Guynemer enchaîne, à partir de décembre 1915, victoire sur vic­toire : sur ses appareils successifs, tous surnommés Vieux Charles, il en remporte jusqu’à quatre dans la seule journée du 25 mai 1917. Ses succès, à Verdun, sur la Somme ou durant l’offensive du Chemin des Dames, brièvement interrompus par une blessure en mars 1916, lui valent de par­venir à moins de vingt-­trois ans au grade de capitaine et de rece­voir, le 11 juin 1917, la croix d’officier de la Légion d’honneur. Ce parcours hors du commun est alors connu de tous. Resté durant sa première année de combat dans l’anonymat, Guynemer accède à la notoriété le 6 février 1916, jour de sa cinquième victoire qui lui vaut le titre d’as : il est alors le premier à bénéficier de la décision du Grand Quartier général qui décide de divulguer à la presse le nom des aviateurs victorieux. Dans les semaines qui suivent, le portrait du pilote fait la couverture des journaux populaires : L’Illustration, Le Petit Journal, L’Excelsior, Le Pays de France lui accordent tour à tour cet honneur que les aviateurs sont seuls à partager avec les hommes politiques et les généraux. Car cette gloire du jeune capitaine, au­-delà de ses qualités personnelles, participe d’un phénomène qui le dépasse. Arme nouvelle, l’aviation montre très vite son efficacité dans la reconnaissance, le bombarde­ment ou le combat aérien et, dans son développement rapide, donne naissance à une nouvelle figure : l’aviateur, un combattant singulier que tout oppose aux autres soldats. Aussi les aviateurs, et d’abord les chasseurs, concentrent-­ils toutes les attentions de la presse qui peut à travers eux montrer des exemples d’exploits individuels, propres à rassurer et encourager l’arrière.

Quand la mort de l’as des as devient une évidence, la Chambre des députés donne une dimension nouvelle au héros, en adoptant à l’unanimité le 19 octobre 1917 une résolution pour que la mémoire du jeune aviateur soit perpétuée au Panthéon. Par l’inscription « À la mémoire du capitaine Guynemer, symbole des aspirations et des enthousiasmes de l’armée de la Nation », inaugurée en 1922, Guynemer prend place parmi les grands hommes que la Nation se donne en exemple, honoré par la société civile pour son engagement et son courage. Sa mémoire est à ce titre célébrée dès novembre 1917 dans toutes les écoles de France : le jeune pilote figure ainsi en bonne place pendant tout l’entre-­deux­-guerres dans les manuels scolaires comme dans la littérature pour la jeunesse. Mais c’est bientôt toute l’aviation militaire qui en fait son héros tutélaire : une décision de 1924 prévoit chaque 11 septembre, dans les formations de l’aéronautique militaire, la lecture de la dernière citation du capitaine Guynemer. L’armée de l’air, qui perpétue cette tradition, a également donné le jeune héros en exemple à ses officiers : l’École de l’Air de Salon-­de­Provence qui les forme a adopté sa devise, « Faire face ».

 

Agnès Chablat-Beylot

archiviste paléographe conservateur en chef du patrimoine aux Archives diplomatiques

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