Stéphane Hessel

Berlin (Allemagne), 20 octobre 1917 – Paris, 27 février 2013

On connaît de Stéphane Hessel son engagement dans la Résistance, sa double évasion des camps de la mort et, des décennies plus tard, le petit manifeste au succès planétaire, Indignez-vous ! Il faut remonter aux sources pour mieux comprendre l’engouement pour le « sage »,qui conquit les foules par la légitimité et la sincérité de son parcours, comme par sa bienveillance joyeuse et lumineuse. N’est-­ce pas pour plaire à sa mère Helen, capter l’attention de cette séductrice nomade (immortalisée par Truffaut avec Jeanne Moreau dans Jules et Jim), que le petit Stéphane redouble d’efforts ? Lui qui, débarqué de Berlin à Paris à l’âge de huit ans sans parler un mot de français, obtiendra son bachot à quinze ans puis entrera à l’École normale supérieure ? N’est­ce pas ce besoin de plaire qui lui fera chérir la poésie, ne pouvant achever un repas sans « Un petit Baudelaire mes amis » (ou un Apollinaire, Rimbaud, ou Rilke) ? Qui l’amènera à séduire son auditoire par une incroyable mémoire jointe à une diction parfaite ? Reconnaissons qu’il fut à la bonne école, non seulement celle de ses parents, artistes, écrivains et poètes, mais de ses professeurs que furent Marcel Duchamp, Vladimir Nabokov ou Walter Benjamin. Cette poésie l’accompagne dans les moments les plus doux comme les plus graves de son existence. Elle lui donne la force de résister à la captivité. La force, aussi, de croire en la capa­cité des êtres humains à progresser en « hominisation », et à se faire, ainsi, le défenseur des « causes perdues ».

Les causes seront nombreuses, avec la cohérence de celui qui s’engage pour les droits de l’homme et, logiquement, de la Terre. Observateur privilégié de l’élaboration de la Déclaration universelle ; organisateur de réseaux de coopération avec l’Algérie ; promoteur de l’autonomie des paysans du Sud ; soutien de la première heure aux sans­-papiers de l’église Saint-­Bernard ; défenseur d’un État palestinien… Causes perdues ? Indigné certes, engagé aussi, cet irrésistible optimiste s’élançait dans l’action, dans l’avenir. Les commémorations ne l’enthousiasmaient guère : il faisait un « ancien combattant » bien peu orthodoxe ! Il aimait surtout rencontrer des jeunes, les inciter à prendre conscience de leurs responsabilités, droits, devoirs et pouvoirs de citoyens. Il les invitait à agir, toujours dans la non­ violence, à croire en leur capacité à « changer le monde ». Car, ne cessait­il de rappeler, « le monde est à l’image de ce que nous sommes ».

L’engagement ; la culture rayonnante, enthousiaste et enthousiasmante ; le respect, l’attention égale aux indigents comme aux puissants : voilà ce qui caractérise cet honnête homme, curieux et généreux jusqu’au bout. Un humanisme qu’il appartient à chacun de construire et d’entretenir. Engageons-­nous !

   
Christiane Hessel-Chabry
et
Gilles Vanderpooten, auteur et directeur de Reporters d’Espoirs