Auguste Rodin

Paris, 12 novembre 1840 – Meudon (Hauts-de-Seine), 17 novembre 1917

Même s’il a souvent été comparé à Michel-Ange, même si dans Ceux de chez nous (1914) Sacha Guitry le filme taillant le marbre, Rodin se range du côté des modeleurs, comme tous les sculpteurs de son époque. À ce titre, La Main de Dieu (1895), cette main géante pétrissant une boule d’argile pour donner forme au couple originel, peut être considérée comme le symbole de son travail. Il ne faut pas oublier toutefois qu’il fut aussi un immense dessinateur s’intéressant surtout au corps féminin qu’il représente avec la plus totale liberté.

L’Âge d’airain, Les Bourgeois de Calais, Le Baiser, Le Penseur puis, au cours de la décennie 1890, les monuments à Victor Hugo et à Balzac et la première série des grandes figures partielles, Iris, La Terre, La Muse tragique et La Méditation, qui annoncent L’Homme qui marche (1907), jalonnent la carrière de cet artiste dont Camille Claudel fut la grande passion jusqu’à leur rupture, voulue par elle, une dizaine d’années après leur rencontre en 1882. De retour à Paris en 1877 avec L’Âge d’airain, après six années passées à Bruxelles, Rodin dut attendre 1880 pour réussir à convaincre les instances officielles de son talent. Il obtint alors la commande d’une porte monu­mentale, La Porte de l’Enfer, destinée à un musée des arts décoratifs dont le projet se réalisa autrement. Jamais livrée par conséquent et fondue en bronze seulement après sa mort, elle constitue le point de départ et l’aboutis­sement d’une grande partie de l’œuvre : nombre de figures nées dans et pour la Porte traversent ainsi la carrière de l’artiste en se transformant au fur et à mesure qu’évoluait sa conception de la sculpture. Une œuvre comme l’Étude de torse pour saint Jean-Baptiste apporte la preuve, dès avant 1887, de « ce don d’inventer puissamment qui est le génie » pour reprendre la belle formule de Delacroix (Journal, 21 octobre 1860). Au fil des années, la terre non cuite avait séché en se dégradant : pour Rodin, lorsqu’il la redécouvrit, elle évoquait l’antique et il décida donc de la mouler et de la photographier telle quelle. Après s’être consacré à la recherche de l’expression – « Le corps est un moulage où s’impriment les passions », disait-­il –, il avait pris conscience que la suppression des éléments inutiles confère une force accrue à la figure, même amputée de membres qui paraissent pourtant essentiels. Fixé ensuite sur une paire de jambes, le torse donna naissance à L’Homme qui marche qui marque l’abandon du sujet, qu’il soit religieux, historique ou littéraire, etc., au profit d’un titre d’ordre descriptif jugé bien suffisant. Dans le nouveau chapitre de l’histoire de la sculpture qui s’ouvrait ainsi, le temps était un élément essentiel, temps de l’action suggéré par le dynamisme de la figure, mais surtout temps de la création qui, tout à la fois, permet la réalisation de l’œuvre et en met à jour la beauté intrinsèque en la débarrassant de tout l’appareil superflu. Ce temps est sans limite car, pour Rodin, l’œuvre n’est jamais achevée : aussi laisse ­t-­il souvent sur l’œuvre des marques de son travail de même que des signes d’inachèvement. C’est ainsi que la grande Ève, laissée de côté en 1882 pour être fondue en bronze et exposée en 1899 – ce qui signifiait qu’elle était parfaitement aboutie aux yeux de l’artiste alors qu’elle n’avait pas été du tout retouchée –, peut apparaître comme l’une de ses œuvres les plus innovantes. « Il faut attraper les accidents et les convertir en science », disait-­il à l’une de ses élèves, Malvina Hoffman. L’exposition personnelle que Rodin organisa en 1900, en marge de l’Exposition universelle à Paris, consacra sa renommée. Il y montrait ses œuvres les plus novatrices, dont la Porte de l’Enfer « décomplétée », les figures qui couvrent les vantaux n’y ayant pas été réinsérées, mais aussi, comme dans son atelier, de nombreux groupes, construits rapidement par assemblage et encore en plâtre dans l’attente des traductions en marbre ou en bronze qui lui seraient comman dées. C’est alors que Carl Jacobsen constitua un premier grand ensemble d’œuvres de l’artiste hors de France, à Copenhague. Bien d’autres collectionneurs suivirent. Rodin qui avait découvert l’hôtel Biron, rue de Varennes à Paris, en 1908, fit don de toute son œuvre et de ses collections à l’État français en 1916, à la condition que ce bel hôtel du XVIIIe siècle devienne le musée Rodin. Le musée qui ouvrit en 1919 dispose du droit de faire fondre des bronzes, en respectant la législation en vigueur. C’est ce qui permit la création du Rodin Museum à Philadelphie en 1927, puis la constitution d’importantes collections aux États­Unis et au Japon en particulier.

Antoinette Le Normand-Romain

conservateur général du patrimoine

directrice générale honoraire de l’Institut national d’histoire de l’art

 

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