Ossip Zadkine

Vitebsk (Russie – actuelle Biélorussie), 4 juillet 1890* – Paris, 17 novembre 1967

Après une enfance passée à Smolensk et deux séjours d’études en Angleterre, Ossip Zadkine arrive à Paris en 1909. Aussitôt il se rend à Montparnasse, haut lieu de la bohème artistique et cosmopolite de l’époque.

Il ne sait pas encore qu’il ne reverra jamais son pays ni qu’il survivra à deux guerres mondiales – la première où il s’est volontairement engagé dans le 1er régiment étranger comme brancardier, et la seconde qui le contraint à s’exiler aux États-Unis en juin 1941 pour échapper à la folie antisémite des nazis. Il ignore aussi que la célébrité viendra – dès les années 1920 – récompenser ses efforts, décelant en lui l’un des représentants majeurs de cette École de Paris qui fera bientôt le renom international de Montparnasse. Pour l’heure, l’émulation artistique et intellectuelle qui règne là le séduit et l’incite à penser que faire partie de ce milieu est en soi un soutien, une promesse d’accom­plissement. Il y découvre la vie de café entre Dôme et Rotonde et bien sûr à La Closerie des Lilas, lors des fameux « mardis poétiques », où se réunissent autour d’artistes venus de toute l’Europe et d’au­-delà, des poètes et criti­ques d’art qui, de Guillaume Apollinaire à Blaise Cendrars, André Salmon ou Max Jacob, deviendront ses amis. Le climat d’effervescence créatrice est tel chez ces jeunes gens qu’il les encourage à tenter, et pour certains à inventer, l’aventure de la modernité. Zadkine en sera ! Pour survivre, sur les conseils de son ami Modigliani et à son exemple, il vend de temps à autre un de ses splendides dessins. Par chance, son œuvre est potentiellement là, prête à éclore : « Aux salons où j’exposais, mes sculptures étaient visibles car elles juraient sur l’ensemble des autres ; elles parlaient leur langue primitive », écrira-­t'­il plus tard dans son livre de mémoires, Le Maillet et le Ciseau. Tenant du « primitivisme », qui est une des expressions de la sensibilité moderne, Zadkine, du fait de ses racines russes et de sa maîtrise exceptionnelle de la taille directe, excelle à révéler la vie profonde inscrite dans le bloc de pierre ou le cylindre de bois, dont il extrait d’immenses figures pouvant atteindre trois mètres de haut (Orphée, 1930, bois d’orme, musée d’Art moderne de la Ville de Paris). En phase avec les évolutions esthétiques de son temps – de la révolution cubiste, à laquelle il souscrit avant que ses affinités ne le portent vers l’Art déco et la relecture du répertoire antique –, le sculpteur sait capter ce qui sert la grâce et la « tendresse plastique » de son œuvre. Sa capacité de renouvel­lement, source de diversité stylistique, est à mettre en regard d’une attention constante à l’écologie à travers le respect absolu des matériaux et le souci de l’homme, figure et symbole du lien empathique de l’artiste avec la nature (La Forêt humaine, 1947 ; La Ville détruite, 1947-­1951).

* De récentes recherches dans les archives biélorusses laissent penser que Zadkine serait né le 28 janvier 1888.

 

Noëlle Chabert

conservateur en chef du patrimoine

directrice du musée Zadkine