Refus de la Société des artistes indépendants de New York d’exposer Fountain de Marcel Duchamp

1917

Oeuvre iconique et subversive de l’art moderne, Fountain de Marcel Duchamp incarne à la fois la posture dada anti-art et l’approche conceptuelle de l’oeuvre d’art.
Lors d’échanges avec un groupe d’amis, Duchamp échafaude le projet d’envoyer à la nouvelle Society of Independant Artists de New York, un urinoir de porcelaine, ready-made1 acheté au magasin J. L. Mott Iron Works sur la CinquièmeAvenue, présenté renversé à 90 degrés, signé et daté « R. Mutt 1917 ». Le scandale est consciencieusement orchestré. Selon les différents récits, l’oeuvre, envoyée sous le pseudonyme R. Mutt, est refusée. Retirée, elle est exposée quelques jours plus tard dans la galerie d’Alfred Stieglitz où elle est photographiée et reproduite en couverture de la revue créée par Marcel Duchamp et Henri-Pierre Roché, The Blind Man, accompagnée de deux articles qu’Apollinaire reprendra dans sa chronique au Mercure de France du 16 juin 1918.


Passé cette genèse dada, provocatrice et collective, Fountain disparaît pendant plus de trente ans. De cet objet de 1917, détruit, seul subsiste le cliché de Stieglitz. Ce n’est qu’en 1950, à l’occasion d’une exposition sur le dadaïsme, que le galeriste Sydney Janis ressuscite l’oeuvre avec l’accord de Duchamp, lui faisant signer un nouvel artefact. En 1964,A rturo Schwarz crée des éditions à douze exemplaires de chacun des ready-made de Duchamp. Dès lors, les grands musées d’art moderne présentent dans leur parcours Fountain, pierre angulaire ou pierre d’achoppement de l’artmoderne.

1Terme utilisé par Duchamp pour désigner unobjet manufacturé que s’approprie l’artiste.

Cécile Debray, conservateur en chef, collections modernes, Musée national d’art moderne – Centre Pompidou