Jean Rouch

Paris, 31 mai 1917 – Birni N’Konni (Niger), 18 février 2004

Alliant science et art au travers d’une oeuvre et d’une action mues par l’enthousiasme et au moyen surtout de sa « caméra de contact », Jean Rouch a transformé la recherche en sciences humaines, ouvert des voies originales au cinéma et proposé un regard neuf tout à la fois sur l’Afrique et sur le monde des images, devenant l’un des grands passeurs du XXe siècle.

Né un « joli mai » dans ce XIVe arrondissement parisien qu’il habitera toute sa vie en citoyen du monde, Jean Rouch grandit dans une famille de scienti­fiques, explorateurs et artistes amateurs. Enfant, il séjourne dans de nombreux pays étrangers, au gré des affectations de son père Jules. Adolescent, de retour à Paris, il découvre la poésie, la peinture, le surréalisme, le jazz, le cinéma et l’ethnographie, tout en poursuivant des études aux Ponts et Chaussées. Jeune ingénieur civil, il arrive à Niamey en 1941 et devient rapidement ethnographe, guidé par Marcel Griaule et Théodore Monod. Après son enga­gement dans l’Armée française de Libération, pour lequel il sera distingué, débute sa double aventure africaine et imagétique.

Au fil de soixante années de recherches menées au sein du CNRS pour la plupart, Jean Rouch arpente toutes sortes de terrains ethnographiques et anthropologi­ques. Il se penche avant tout sur la culture des Songhay du Niger et leurs rituels de possession en particulier – Les Maîtres fous –, puis, avec l’anthropologue et amie Germaine Dieterlen, sur la culture des Dogon du Mali – la série du Sigui. Rouch s’intéresse aussi d’emblée, avec sa première épouse Jane entre autres, à l’Afrique moderne, celle des « villes-­monde » d’Abidjan ou d’Accra : s’ouvre alors à lui un univers dynamique qui l’enchante, fait de mixité et d’hybridation. De cette connaissance mêlée des traditions et des modernités africaines, de sa rencontre surtout avec ceux qui deviendront de proches collaborateurs et amis – de Damouré Zika à Moussa Hamidou – naît une anthropologie « inversée » et « partagée » dans des créations communes entre documentaire et fiction, portées par l’imagination et le rire, et empreintes d’une sagesse particulière : Jaguar ; Cocorico ! Monsieur Poulet ; Moi fatigué debout, moi couché.

Cinéphile aguerri – initié par l’ami Henri Langlois –, passionné de technique, choisissant ses outils et contribuant à leur perfectionnement, décou­vrant des usages innovants et des méthodes pionnières, Jean Rouch lance « un pavé dans la mare du cinéma » (Godard), en participant au renouveau des « techniques légères » ou en stimulant la Nouvelle Vague : Moi, un Noir ; Chronique d’un été.

Homme aux réseaux multiples, de l’Unesco à la Cinémathèque française, Jean Rouch est à l’origine de plusieurs institutions et manifestations toujours actives – du Comité du film ethnographique aux Ateliers Varan – et a été un lanceur de talents et de disciplines, contribuant par exemple à la naissance du cinéma nigérien – avec Moustapha Alassane, Oumarou Ganda ou Inoussa Ousseini – ou à celle de l’anthropologie visuelle.

 

Marie-Isabelle Merle des Isles et Andrea Paganini
Fondation Jean Rouch

 

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