Préface

Après avoir choisi depuis deux ans de présenter les moments et les acteurs de notre passé selon un ordre chronologique, le Haut comité des Commémorations nationales donne à l’ouvrage qui les rassemble un titre générique, « Le Livre des Commémorations nationales », qui se déclinera selon l’année de référence. La médiéviste que je suis et à qui ses collègues du Haut comité ont confié l’honneur de rédiger cette préface ne peut que s’en réjouir ! Imprégnés de Valère Maxime en ses « Faits et dits mémorables » (Facta dictaque memorabilia), les auteurs du Moyen Âge, dès avant l’invention de l’imprimerie, se souciaient bien d’écrire un livre quand ils sélectionnaient les événements qui leur paraissaient dignes de mémoire. Le nôtre ne revendique ni exemplarité ni valeur morale mais, pour rédiger les différentes notices historiques, il fait appel aux meilleurs spécialistes et à une iconographie qui, aux bons soins de l’équipe éditoriale, allie l’originalité à la beauté. Il souhaite aussi être un Livre dans tous les sens du terme, cet objet qui apporte la connaissance dans le respect de la qualité en même temps que le plaisir d’être feuilleté pour être redécouvert à l’envi. Il n’est pas question de nier le caractère sélectif du Livre qui se veut néanmoins le plus exhaustif possible. Le cadre chronologique imposé – ce qui s’est produit tous les cinquante ans en France – et la complémentarité des champs qui font se croiser, sur une même année, les faits saillants de la vie politique avec la création poétique ou scientifique, la naissance ou la mort d’hommes et de femmes d’importance, en créent la trame. Toutes les rubriques ne sont pas traitées avec le même poids : l’année 1918 en apporte la preuve. Il est tout à fait légitime que la nomination de Foch comme commandant en chef des armées, la « Grande bataille de France » et la seconde bataille de la Marne fassent l’objet de longues notices que surplombe la signature de l’armistice du 11 novembre. Mais la force historique et émotionnelle de la Grande Guerre, amplifiée par l’épidémie de grippe espagnole, ne fait pas passer sous silence la disparition de Roland Garros, ce météore dont l’opinion publique retient mieux le stade et les compétitions auxquels son nom est associé que les prouesses aériennes, ou celle d’Émile Reynaud, l’inventeur du dessin animé au prix de recherches scientifiques rigoureuses. C’est dire que le passé est là, tragique et lourd, aussi bien qu’heureux, voire léger. Sélectionner ce qui peut échapper à l’oubli ne revient pas à écrire une histoire de France. Le but de ce Livre des Commémorations nationales 2018 est plutôt de devenir un objet de culture, capable de rappeler et d’expliquer ce qui est présent dans les mémoires à ce jour, mais aussi de valoriser des événements ou des individus depuis longtemps perdus de vue ou dont le souvenir perdure ici ou là, mais qui sont oubliés ailleurs… En tissant cette toile de la mémoire collective, puisse cet ouvrage contribuer à enrichir le lien social qui ne peut s’épanouir sans puiser librement dans un passé commun !

Claude Gauvard
professeur émérite d’histoire du Moyen Âge,
université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
membre du Haut comité des Commémorations nationales