Avènement de Théodoric Ier

418

Au début du Ve siècle, alors que les Francs étaient encore denrée négligeable sur la scène européenne, Théodoric Ier s’illustra comme le premier roi barbare à diriger une fraction importante des Gaules. Son peuple, les Wisigoths, était originaire du Danube et avait longtemps vécu en interaction avec l’Empire romain, alternant les alliances et les razzias, les échanges culturels et les mauvais coups. Dans le cours de cette relation complexe, les Wisigoths s’étaient convertis au christianisme arien qui professait une légère subordination du Fils au Père au sein de la Trinité. En 410, sous le commandement d’Alaric Ier , les Goths pillèrent pourtant la ville de Rome, dans le cadre d’un chantage complexe mené contre l’empereur d’Occident. Théodoric, qui était peut être le gendre d’Alaric, fut l’artisan d’une normalisation des rapports avec Rome : vers 418, son peuple bénéficia d’un traité d’alliance (un foedus ) qui lui confiait le contrôle de l’Aquitaine, entre Toulouse et Bordeaux. En retour, le roi s’engageait à défendre les populations locales et à fournir des troupes à l’empereur. Peu à peu, les provinces romaines administrées par les « fédérés » se muèrent en un royaume wisigoth, dont la capitale fut fixée à Toulouse. Barbare et hétérodoxe, Théodoric aurait pu s’attirer la haine des Gallo-Romains qui formaient l’immense majorité de ses sujets. Mais il sut faire preuve d’intelligence. L’Église catholique ne fit ainsi l’objet d’aucune persécution ou vexation ; séduits, les évêques acceptèrent désormais de mener des ambassades au service de ce souverain bienveillant. Théodoric proclama en outre son amour pour la romanité et confia l’éducation de l’un de ses fils à un sénateur. En 418, les Wisigoths avaient certes confisqué quelques domaines appartenant aux Gallo-Romains : cependant, les élites locales considérèrent que le retour de la prospérité compensait largement cette perte. Entre 436 et 439, lorsque l’Empire tenta de reprendre l’Aquitaine aux Wisigoths, il n’obtint aucun succès. Un nouveau foedus fut négocié. En vertu de celui-ci, le général romain Aetius fit appel à Théodoric pour arrêter Attila qui tentait d’envahir les Gaules. Le vieux roi des Wisigoths accepta d’honorer ses obligations et, en 451, il mena une charge à la bataille des champs Catalauniques. Il y perdit la vie, mais les Huns furent repoussés. Cette victoire ne marqua pas le rétablissement de l’Empire romain en Gaule, mais elle permit la sauvegarde de ce que Théodoric avait construit, un grand État à la culture mixte, capable de survivre à la chute de l’autorité romaine. D’une certaine façon, c’était le premier royaume médiéval.

Bruno Dumézil

maître de conférences à l’université Paris Nanterre