Baudouin II, comte de Flandre

Vers 863/867 – 10 septembre 918

Si la tradition historique a retenu en Baudouin Ier Bras-de-Fer († 879) le fondateur de la lignée des comtes de Flandre, c’est à son fils, Baudouin II, que l’on doit d’avoir jeté les fondements de la puissance flamande.

Celui qu’une violente invasion normande avait contraint de se replier à la mort de son père sur une petite zone marécageuse et boisée autour de l’actuelle Bruges, se rendit maître, en moins de quarante ans, d’un territoire de plus de 180 kilomètres carrés, de l’Escaut à la Canche, de la mer du Nord aux collines d’Artois. Au départ des Normands, en 883, il étendit d’abord sa domination vers le sud et l’ouest en occupant les pagi du Mempisque, de Courtrai et de l’Yser, avant de s’emparer, à partir de 892, de ceux du Ternois, du Boulonnais et du Tournaisis, plus fertiles et peuplés. Il reprit par ailleurs les pagi de Gand et de Waes, à l’est, et peut être quelques autres entre la Scarpe et la Lys. Au tournant des IXe et Xe siècles, Baudouin II s’assura également par la force le contrôle des riches abbayes de Saint Vaast d’Arras et de Saint Bertin, dont il devint abbé laïque. Ce vaste ensemble, qui reçut alors pour la première fois le nom de Flandriae , lui offrait richesse et prospérité. Pour le protéger, il mit en place un solide réseau de fortifications, qui annoncent les futures châtellenies de Flandre. La puissance flamande que construisit Baudouin II se mesure également à la renommée qu’il se forgea. Petit fils par sa mère de Charles le Chauve, il renforça l’alliance avec l’Angleterre en épousant Elftrude, fille du roi Alfred le Grand. Dans les territoires soumis à sa domination, Baudouin II mena une active politique en faveur des saints et de leurs reliques, qui ne fut pas non plus sans contribuer à son prestige. Profitant des querelles qui opposaient Eudes et Charles le Simple pour le trône de Francie occidentale et favorisé par son éloignement des principales zones du pouvoir central, il s’affirma enfin comme un prince de plus en plus affranchi de la tutelle royale. Jusque dans la mort, Baudouin II bouleversa les équilibres. Alors que ses hommes voulaient l’inhumer dans son abbaye de Saint Bertin, où reposait déjà son père, sa femme Elftrude en décida autrement : elle voulait dormir pour l’éternité aux côtés de son époux et savait que les moines bertiniens ne souffraient pas l’idée que des femmes, même mortes, pussent franchir les portes de leur enclos. Elle décida donc de transporter son corps dans l’abbaye gantoise de Saint Pierre. Sans le savoir, l’intransigeance des moines de Saint Bertin les privait d’une parcelle de la mémoire dynastique et leur monastère, de l’espoir d’accéder au rang de nécropole des premiers comtes de Flandre.

Jean-Charles Bédague

archiviste paléographe