Bertrade de Montfort

Vers 1070 – Haute-Bruyère (Yvelines), 14 février 1118 (ou 1117)

Parmi les reines de France, rares sont celles à avoir laissé une aussi mauvaise réputation que Bertrade de Montfort, maîtresse puis épouse de Philippe Ier. Les chroniqueurs la dépeignent comme ambitieuse, perverse et manipulatrice !

En 1089, âgée de vingt ans, Bertrade de Montfort épouse Foulques, comte d’Anjou. Il est bien plus âgé qu’elle et a déjà été marié plusieurs fois ; son humeur querelleuse lui a valu le surnom de Réchin (« qui rechigne »). En mai 1092, à Tours, Bertrade rencontre le roi Philippe Ier . Calcul ou passion, elle lui déclare sa flamme et lui confie sa crainte d’être répudiée par Foulques : « Le prince voluptueux [Philippe] ayant appris le dessein de cette femme lascive consentit au crime  », affirme Orderic Vital dans Histoire de Normandie. Bertrade s’enfuit et va retrouver le roi à Orléans. Or, Philippe est marié à Berthe de Hollande. Le scandale causé par ce couple doublement adultère suscite la colère de l’Église, notamment d’Yves, évêque de Chartres. Qu’importe ! L’union entre Philippe et Bertrade est célébrée par un évêque dévoué. Malgré la mort de Berthe, en 1094, c’est oublier que Bertrade est toujours mariée à Foulques ! Le pape excommunie le couple pour bigamie et prononce l’interdit sur le royaume. Le 2 décembre 1105, à Paris, après plusieurs déclarations de renonciation jamais respectées, Philippe et Bertrade, vêtus en pénitents et pieds nus, jurent sur les Évangiles qu’ils renoncent à leur relation et « commerce illicite ».

Afin de placer sur le trône de France un des enfants qu’elle a eus de Philippe, Bertrade tente de se débarrasser de son beau fils, Louis. Né de Philippe et de Berthe, il est l’héritier légitime. Aussi, fin 1100, tandis que Louis séjourne à la cour du roi d’Angleterre, ce dernier reçoit une lettre portant le sceau de Philippe Ier et qui l’enjoint de faire emprisonner Louis à vie ! Méfiant, le roi Henri Ier Beauclerc décide de repousser la demande. L’auteur véritable de la lettre s’avère être Bertrade, à l’insu du roi Philippe...

Cette tentative ayant échoué, Bertrade a recours à des moyens plus expéditifs. Selon Suger dans la Vie de Louis VI le Gros, elle tente de faire empoisonner le prince ; et, en effet, Louis tombe gravement malade : il est guéri in extremis par un médecin étranger. Toutefois, il en gardera un teint fort pâle.

Après la mort de Philippe Ier , le 30 juillet 1108, Bertrade tente vainement de soutenir le soulèvement de leur fils, Philippe de Mantes, contre Louis. Vaincue, elle se retire à l’abbaye de Haute Bruyère (Yvelines), de l’ordre de Fontevraud, où elle meurt le 14 février 1118.

Magali Lacousse

archiviste paléographe