Fondation des Sables-d’Olonne

1218

En 1218, s’apprêtant à partir en croisade, Savary de Mauléon accorda plusieurs droits et biens fonciers aux moines desservant la chapelle Saint-Nicolas.  Cette dernière avait été fondée par le monastère Sainte Croix de Talmont à l’entrée du chenal qui donne accès au vaste bassin portuaire de la seigneurie d’Olonne, sur la rive du village de La Chaume. Précisément, il octroya un emplacement « sur les sables situés au dessus du port », destiné à l’usage des religieux. Et surtout, il autorisa la formation d’un village neuf entre la mer et le « fief de la vigne de la tour ».

Trop longtemps lues avec complaisance par les historiens locaux, lesdites concessions ont été considérées à tort comme l’acte fondateur des Sables d’Olonne. Sans doute s’agissait-il pour ces auteurs un peu chauvins de donner la réplique aux prestigieuses chartes de commune accordées dès 1199 par le pouvoir anglais aux villes de Poitiers, de Niort, de La Rochelle ou de Saint Jean d’Angély. En réalité, le fameux village évoqué par Savary ne fut jamais plus qu’un petit lotissement établi non loin du prieuré et du Château Gaultier aujourd’hui appelé tour d’Arundel. L’initiative du puissant seigneur poitevin n’avait rien d’exceptionnel. Elle intervenait, assez tardivement du reste, dans un contexte de croissance entamée depuis le XIe siècle et dont les côtes du Centre Ouest profitaient à plein. Établissements ecclésiastiques et châtelains, déterminés à mieux tenir leurs possessions, multipliaient alors les créations de nouveaux villages, comme autant d’instruments de leur action politique et économique. Ces faits historiques étant rétablis, il n’en demeure pas moins que, par son initiative de 1218, Savary de Mauléon prenait acte des développements récents intervenus le long du littoral olonnais. En effet, au même moment, un petit bourg voisin commençait à se développer sur les dunes méridionales jusque là restées désertes. Il allait devenir Les Sables d’Olonne. Sa communauté, formée de marins et de sauniers, connut une ascension spectaculaire au cours des siècles suivants, en raison de l’esprit d’entreprise de ses pêcheurs qui furent parmi les premiers à gagner le large pour capturer le poisson et à saler directement leurs prises à bord de leurs vaisseaux. Ce succès fut consacré en 1472, lorsque Louis XI, sur la demande de Philippe de Commynes, leur accorda les véritables privilèges urbains dont ils purent dès lors se prévaloir.

Mathias Tranchant

maître de conférences en histoire médiévale
UMR LIENSs – Université de La Rochelle