Rédaction du Livre des métiers d’Étienne Boileau

1268

Son auteur, sa date précoce, comme l’ampleur de l’oeuvre accomplie, ont, dès le Moyen Âge, concouru à rendre célèbre Le Livre des métiers, à en faire un exemple à suivre par d’autres villes du royaume. Ses éditeurs du XIXe siècle en ont accru la renommée et ont contribué à en faire une sorte d’archétype de la réglementation du travail au Moyen Âge.

Célébré par les chroniqueurs de son temps comme un administrateur et un législateur exceptionnel, Étienne Boileau fut d’abord fermier de la prévôté de Paris (1261-1266). Confirmé à ce poste par Saint Louis comme prévôt gagé avec rang de bailli, il acquérait alors autorité pour agir au nom du roi en matière de juridiction et de mise en place des contrôles de l’activité écono­mique dans la vicomté de Paris. La notoriété de ce prévôt doit certainement autant à la confiance du saint roi qu’à son action propre et à son Livre des métiers, communément daté de l’année 1268, ce qui lui vaut de trouver place dans le présent volume. Mais la rédaction de cette œuvre ambitieuse s’est échelonnée dans le temps et doit être datée des années 1266-1269. Elle n’était d’ailleurs pas achevée à sa sortie de charge. Le projet de réunir les textes fixant les droits de juridiction attachés aux différentes seigneuries concurrentes du pouvoir du prévôt royal dans la ville et ses faubourgs fut abandonné. En revanche, s’appuyant sur une connaissance pratique de l’administration royale et sur la disponibilité d’une documen­tation déjà écrite, le rassemblement du corpus des tarifs des divers impôts pesant sur le commerce et le transport des denrées était achevé en 1269. Quant à la partie sur les métiers, il s’agissait de recenser les activités qui étaient déjà organisées autour d’une production et de sa commercialisation, de les encourager à venir au Châtelet, siège de la prévôté, pour déposer leurs réglementations restées la plupart du temps orales, et de leur offrir en retour la garantie d’une reconnaissance institutionnelle sous la dénomination de mestier doté de statuts écrits et publiés. Le retour au plus ancien manuscrit conservé permet d’affirmer que ce fut une entreprise de bien plus longue haleine qu’on ne l’a longtemps pensé. En 1275, à la sortie de charge du successeur d’Étienne Boileau, seuls 84 statuts étaient enregistrés ; le chiffre de 101, communément admis pour son temps, n’est atteint que vers 1300 et en 1328, lorsque faute de place on renonce à enregistrer dans ce manuscrit, le nombre s’élevait à 129. Jusqu’à cette date, les prévôts de Paris ont continué à enregistrer de nouveaux métiers, mais ils ont aussi corrigé, barré, ajouté, ajusté la réglementation antérieure aux réalités écono­miques et sociales, révélant une activité législative foisonnante et vivante et donnant au Livre des métiers une ampleur sans égale dans le royaume, même si ces 129 communautés de métier n’encadraient pas toutes les activités des Parisiens. Le modèle royal de la bonne administration des activités commerciales et de production était en place et fonctionnel.

Caroline Bourlet

CNRS – IRHT