Fin de la réforme territoriale de Jean XXII

28 février 1318

Le visiteur qui déambule de nos jours dans les ruelles désertes de Saint-Papoul ou d’Alet a du mal à imaginer qu’il se trouve là dans une cité épiscopale médiévale, au point qu’on a pu qualifier certains de ces évêchés méridionaux d’« évêchés crottés » même si leurs dimensions certes modestes ne diffèrent guère de celles de certains diocèses italiens. Au reste, la décision de Jean XXII ne concernait pas que la France méridionale puisqu’elle aboutit également à la créa­tion des évêchés poitevins de Luçon et de Maillezais ou à celui de Saint Flour. Mais c’est essentiellement en Languedoc que la réforme ecclésiastique mise en œuvre par le pontife d’Avignon se révéla le plus marquante, les mesures les plus spectaculaires étant le démembrement de l’immense évêché de Toulouse – et la création en conséquence des évêchés de Montauban, Rieux, Lombez, Saint Papoul, Mirepoix et Lavaur – ainsi que l’établissement sur le territoire du diocèse de Narbonne des évêchés de Saint Pons de Thomières et d’Alet, l’érection de cette abbaye bénédictine en cathédrale venant clore le 28 février 1318 un cycle ouvert par la promulgation de la bulle Salvator Noster du 25 juin 1317. Longtemps décriée et attribuée à la fois à la rapacité légendaire du pape et à sa volonté de récompenser par l’octroi de la mitre épiscopale un certain nombre de ses clients, la mesure pontificale tend aujourd’hui à être reconsi­dérée à la lueur de nouveaux travaux historiques. Loin d’y voir comme jadis « un non sens », les historiens tendent désormais à envisager la décision de Jean XXII comme l’amorce d’une réforme discrète de la vie religieuse, insistant sur le fait que les revenus des nouveaux évêchés étaient loin d’être dérisoires et que le pape s’appuya sur un dense réseau d’abbayes bénédictines qui fournirent onze des seize nouveaux sièges épiscopaux. En outre, entre 1317 et 1347, ces nouveaux diocèses parvinrent à se créer un embryon d’identité par le biais d’une politique de grands travaux et les anciens abbés bénédictins devenus évêques firent preuve d’un véritable zèle réformateur. Nul ne pouvait cependant imaginer que l’arrivée de la peste noire puis les crises de la seconde moitié du XIVe siècle feraient végéter ces nouvelles fondations et qu’elles ne dépas­seraient jamais – hormis Montauban – le stade d’un simple bourg abbatial.

Vincent Challet

MCF Université Paul-Valéry Montpellier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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