Jean de Dunois, bâtard d’Orléans

1402 ou 1403 – L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), 23 novembre 1468

Dunois n’était encore que le bâtard d’Orléans lorsqu’il devint compagnon d’armes de Jeanne d’Arc. Ce bref épisode, s’il est resté dans les mémoires, ne suffit pourtant pas à peindre l’homme de guerre, le conseiller et le diplomate qui joua pendant plus de trente ans auprès de Charles VII un rôle décisif dans le redressement du royaume.

Jean, bâtard d’Orléans, était le fils naturel de Louis, duc d’Orléans, frère du roi Charles VI, et de Mariette d’Enghien. Lorsque son père fut assassiné en 1407 par les tueurs du duc de Bourgogne, le petit Jean n’avait que cinq ans. Ses trois demi-frères, enfants légitimes avec lesquels on l’élevait, n’étaient guère plus âgés : l’aîné, Charles, avait treize ans lorsqu’il devint duc. Ces fils légitimes de Louis d’Orléans furent vite écartés du jeu politique : l’aîné, capturé à Azincourt, demeura vingt-cinq ans prisonnier en Angleterre, le second mourut en 1420, et le troisième resta trente-deux ans l’otage des Anglais. Si bien qu’à dix-huit ans le bâtard était le seul de la fratrie à rester vivant et libre : il lui revint ainsi de diriger la maison d’Orléans et de porter sa bannière sur les champs de bataille.

Il mit son épée au service du dauphin, le futur Charles VII, qui, retranché au sud de la Loire, résistait aux armées anglaise et bourguignonne après que son père, Charles VI, le roi fou, eut livré son royaume au roi d’Angleterre. Le bâtard d’Orléans se révéla alors un des meilleurs capitaines de Charles VII. Aussi la défense d’Orléans lui fut elle confiée lorsque la ville fut assiégée par les Anglais, ce qui lui valut d’accompagner la Pucelle dans cette épopée de trois mois qui permit de briser le siège, d’infliger plusieurs défaites aux Anglais, et de conduire Charles VII à Reims pour y être sacré.

Mais, alors que Jeanne, capturée par les Bourguignons, était livrée aux Anglais, le bâtard d’Orléans continua de longues années à lutter contre eux. En même temps, ce négociateur persévérant finit par obtenir la libération de ses deux demi-frères. Par reconnaissance, Charles d’Orléans, le poète, lui donna en 1439 le comté de Dunois. Charles VII en fit son grand chambellan et lui confia d’importantes missions diplomatiques, notamment la négociation de la trêve de Tours avec l’Angleterre. Mais Dunois s’illustra surtout sur le plan militaire. Après avoir repris Chartres et libéré Dieppe, il commanda en chef les armées royales au cours de trois campagnes qui aboutirent à l’expulsion complète des Anglais : libération du Maine, reconquête de la Normandie, puis de la Guyenne.

Après la mort de Charles VII, Dunois se joignit à la ligue du Bien public qui défia l’autorité de Louis XI. Mais, ayant conclu la paix avec les ligueurs, le roi lui pardonna. Ce guerrier mourut d’une pneumonie au cours d’un voyage en hiver. Ses funérailles furent célébrées en présence du roi avec une pompe digne d’un prince du sang. Il avait été à la fois un des principaux artisans du relèvement du royaume face aux Anglais et le pilier de la famille d’Orléans dans l’adversité en attendant qu’elle accédât au trône de France avec Louis XII et François Ier.

Gérard de Senneville

biographe des frères d’Orléans