Signature du traité de Péronne

14 octobre 1468

Louis XI à Péronne, ou le renard piégé dans la basse-cour de son ennemi mortel. L’image était fausse, mais elle était belle. Le règne de Louis XI est bien souvent réduit au duel qui l’a opposé au duc de Bourgogne Charles le Téméraire ; il était tentant de le résumer à son tour au drame de Péronne, fabriqué de toutes pièces par un mémorialiste, Philippe de Commynes, génial précurseur du théâtre classique, et de l’unité de lieu, d’action et (presque) de temps. À la suite de quelques autres, mais avant bien des historiens, Commynes avait compris que les faits ne valent que par ce que l’on en raconte. Il s’en est fallu de peu qu’il ne soit, comme César pour La guerre des Gaules, l’unique source de cet événement. Celui-ci, en effet, n’intéressa guère les contemporains, qui n’y virent qu’une « paix fourrée » de plus entre deux adversaires décidés à en découdre. Appréciation lucide, mais c’était compter sans le talent de Philippe de Commynes, qui parvint à se présenter à la postérité comme le sauveur d’un roi menacé de mort par un Charles le Téméraire fou furieux, ivre de colère et de lui même.

En somme, de quoi s’agit il ? En 1468, Louis XI était à nouveau en guerre contre ses principaux ennemis, le duc de Bretagne et le duc de Bourgogne, alliés à l’Angleterre, qui n’avait pas fait son deuil de ses possessions continentales, et à une ligue flottante de princes français opportunistes, ou simplement inquiets par la folle volonté de puissance de leur monarque. Durant l’été, Louis XI était parvenu à traiter avec la Bretagne avant que Charles le Téméraire pût la secourir par les armes. Il ne restait plus aux deux adversaires, à présent isolés et de puissance à peu près égale, qu’à trouver un compromis.

Il est probable qu’aucun d’eux ne se faisait d’illusions sur la durée d’une trêve ou même d’un traité de paix. Chacun chercha donc à berner l’autre. Louis XI voulait que Charles le Téméraire lui prêtât l’hommage lige, au titre de ses fiefs français, pour mieux prononcer leur confiscation pour félonie. Le duc, quant à lui, fit insérer une clause le déliant de ses obligations féodales si Louis XI devait se parjurer.

Le roi accepta de se rendre chez son adversaire, dans la petite ville picarde de Péronne. La conférence dura quatre jours, du 11 au 14 octobre 1468. La rébellion de Liège fournit-elle à Charles le Téméraire le prétexte qui lui permit de mieux dicter ses volontés au monarque piégé ? En réalité, le sort des Liégeois, soulevés contre leur évêque Louis de Bourbon, allié aux Bourguignons comme au roi de France, avait déjà été réglé par Louis et Charles, déterminés à châtier cette « fière vilennaille, que tous rois et princes doivent haïr ». Sans doute Louis XI passa-t'il un mauvais moment en compagnie du duc, mais en définitive le traité de Péronne constituait un compromis acceptable pour les deux parties, et le roi, une fois rentré en France, s’empressa de le faire enregistrer par le Parlement. Il ne le dénonça que deux ans plus tard – presque un record pour lui !

Amable Sablon du Corail

archiviste paléographe