Jean Gilles

Tarascon (Bouches-du-Rhône), 8 janvier 1668 – Toulouse (Haute-Garonne), 5 février 1705

"Le Requiem de Gilles" : c’est par ce titre que le mélomane fait presque toujours la connaissance de ce compositeur méridional emblématique du baroque musical français. En effet, la réputation de cette Messe des morts, nourrie autant par une belle légende que par une qualité artistique exceptionnelle, aura attribué à son auteur une gloire posthume toujours vivace.

Jean Gilles est né à Tarascon le 8 janvier 1668, la même année que François Couperin. À l’âge de dix ans, ses dons musicaux repérés lui donnent accès à la prestigieuse maîtrise de Saint Sauveur à Aix en Provence, sous la direction de Guillaume Poitevin. Apprentissage efficace et rapide : en 1694, Gilles remplace son maître souffrant, puis entame sa carrière à Agde. Peu de temps après, en 1697, c’est l’évêque de Rieux, Mgr de Bertier, qui le fait nommer maître de musique de la cathédrale Saint Étienne de Toulouse, en remplacement de son confrère provençal André Campra, récemment nommé à Notre Dame de Paris. Dès lors, la carrière toulousaine de Gilles sera tout entière consacrée à l’Église et ponctuée d’événements remarquables : paix de Ryswick en 1698 (composition du Te Deum), visite des ducs de Bourgogne et de Berry en 1701 (motets Diligam te, Domine et cantate Jordanis incolae), jusqu’à la commande d’une Messe des morts. Vraisemblablement en 1704, les fils de deux conseillers au parlement de Toulouse récemment disparus lui commandent un Requiem. Gilles se met au travail et six mois plus tard, après l’audition d’une répétition en présence de Campra et Madin, les fils ingrats se dédient. Piqué, Gilles se serait écrié : « Eh bien ! elle ne sera exécutée pour personne, et j’en veux avoir l’étrenne. » Hélas, sa santé fragile réalisera prématurément son vœu : il meurt le 5 février 1705, âgé de trente sept ans.

La postérité de Jean Gilles est bien due à sa fameuse Messe des morts : elle deviendra l’œuvre de référence pour les obsèques des plus grands : Jean-Philippe Rameau en 1764, Stanislas Leczinski, père de la reine, en 1766, Louis XV en 1774, pour n’en citer que trois. Régulièrement exécutée au Concert spirituel, le Mercure de France écrit en 1762 : « la Messe des Morts, de M. Gilles, que l’on entend toujours avec satisfaction, malgré son ancienneté et tout le brillant des ouvrages qui ont été faits depuis ». Puis en 1765 : « sa réputation est trop bien établie pour avoir besoin de nouveaux éloges ».

Soudainement disparu, Jean Gilles symbolise le génie musical méridional, aux côtés de Campra son aîné. Nul doute que sa carrière l’aurait amené à la Chapelle royale de Versailles où son talent eût été reconnu à sa juste valeur.

Jean-Marc Andrieu

directeur artistique de l’orchestre baroque Les Passions

directeur du conservatoire de Montauban