François Couperin

Paris, 10 novembre 1668 – Paris, 11 septembre 1733

"J’avoüeray de bonne foy, que j’ayme beaucoup mieux ce qui me touche, que ce qui me surprend." Lorsqu’il publia cette phrase emblématique de son art en 1713, dans la préface à son Premier Livre de Pièces de clavecin, François Couperin était reconnu comme le plus grand claveciniste français.

À sa naissance, le 10 novembre 1668 à Paris, il y avait déjà presque un siècle que sa famille pratiquait la musique avec passion et talent. Il était le fils unique de Marie Guérin et de Charles Couperin, organiste de l’église Saint Gervais à la suite de son frère aîné Louis (vers 1626 1661), premier génie de la lignée. François commença la musique avec son père, mais celui ci mourut au début de l’année 1679. Sa mère confia alors son éducation à Jacques Thomelin, organiste de Saint Jacques la Boucherie, et peut être aussi à Michel Richard Delalande. Couperin fut nommé à la tribune de Saint Gervais en 1685, avant même ses dix-huit ans.

Il composa alors des Pièces d’orgue (1690) et, au même moment, des Sonades en trio sur le modèle de celles d’Arcangelo Corelli. En 1693, il fut choisi par Louis XIV lui même comme l’un des quatre organistes de la Chapelle royale de Versailles. Le marquis de Sourches écrivit dans ses Mémoires, au 23 décembre 1693, que le roi à l’après dîner « voulut bien entendre jouer sept organistes différents [...] ; mais, après les avoir entendus, il ne voulut pas déclarer son choix, qu’on sut trois jours après être tombé sur un nommé Couperin ».

Dès qu’il eut « l’honneur d’être au roi », Couperin enseigna au duc de Bourgogne et à six princes et princesses de la Maison royale. Le duc de Bourgogne (petit fils aîné de Louis XIV et père du futur Louis XV) naquit en 1682 ; il reçut l’enseignement de Couperin pendant plus de douze ans. Parmi les six princes et princesses de la Maison royale, deux des enfants légitimés du monarque, Marie Anne de Bourbon Conti (fille de Mlle de La Vallière) et Louis Alexandre de Bourbon (fils de Mme de Montespan), travaillèrent eux aussi sûrement avec le musicien.

Couperin participa aussi comme claveciniste à maints concerts à la cour. Ce fut dans le particulier, chez le roi ou chez Mme de Maintenon, que furent sans doute entendus ses merveilleux Concerts royaux. Il expliqua qu’il avait fait ces pièces « pour les petits concerts de chambre, où Louis XIV [le] faisoit venir presque tous les dimanches de l’année », et qu’il leur avait conservé comme titre « celui sous lequel elles étoient connues à la cour en 1714 et 1715 ». À la mort du Roi Soleil en 1715, le compositeur fut moins présent à la cour. Il abandonna progressivement ses charges à Versailles et Paris et se retira de la vie publique.

Couperin a laissé d’admirables œuvres vocales parmi lesquelles figurent des Motets (dont des petits motets en 1703, 1704 et 1705), trois Leçons de ténèbres (entre 1713 et 1717), et des airs profanes (dont l’Épitaphe d’un paresseux sur un texte de Jean de La Fontaine, 1706). Il écrivit aussi nombre d’œuvres instrumentales, d’une hauteur d’inspiration peu commune, parmi lesquelles figurent les Concerts royaux (1722), Les Goûts-réünis publiés avec l’Apothéose de Corelli (1724), l’Apothéose de Lully (1725), Les Nations (1726), et des Pièces de violes (1728).

Cependant, ce fut sans doute au clavecin que Couperin fut le plus « Grand », comme on l’appela dès la fin du XVIIIe siècle. De 1713 à 1730, il fit paraître quatre livres de pièces de clavecin (1713, 1717, 1722, 1730). Ces pièces y sont regroupées en ordres et non en suite. On y trouve à la fois les danses françaises traditionnelles et des pièces de caractère avec des titres, d’un genre plus novateur (évocations de personnages identifiés ou non, d’animaux, de plantes, ou de lieux). Ce vaste corpus est un peu l’équivalent musical des Caractères de Jean de La Bruyère, ou même des Mémoires du duc de Saint Simon. Couperin publia aussi une méthode, L’Art de toucher le clavecin (1716 puis 1717), sorte de Discours de la méthode fondamental dans lequel les interprètes peuvent apprendre à la fois à « toucher » le clavecin mais aussi à « toucher » le public.

Trois ans avant sa mort, Couperin écrivit dans la préface à son Quatrième Livre de pièces de clavecin qu’il faut « tâcher de mériter une immortalité chimérique où presque tous les hommes aspirent ». Puissent ses œuvres être toujours écoutées et appréciées, rendant ainsi compte d’une immortalité justement méritée.

Olivier Baumont

claveciniste

professeur au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris