Guy Crescent Fagon

Paris, 11 mai 1636 – Paris, 11 mars 1718

Guy Crescent Fagon fut le dernier archiatre de Louis XIV. Issu de la faculté de médecine de Paris, protégé par Mme de Maintenon et Antoine Vallot, il avait acheté une charge de médecin de la reine qui l’amena rapidement au faîte des dignités curiales : premier médecin de la dauphine en 1680, de la reine Marie-Thérèse et des enfants de France, médecin du roi en 1672 après la mort de Vallot, premier médecin du roi ou archiatre en 1693 après la disgrâce de Daquin.  Aussi bien le Journal de la santé du roi , où il consignait ses observations et les soins apportés au monarque, que les thèses de médecine qu’il soutint ou fit présider, témoignent d’une modernité prudente dans la pensée et dans la thérapie ; dans sa thèse quodlibétaire de 1663 il défendait l’idée que « le cœur bat sous l’impulsion du sang » ( An a sanguine impulsum cor salit ? ), thèse progressiste dans le contexte des théories galéniques encore professées à la Faculté ; en 1699, il présidait la thèse de Claude Berger qui démontra que l’usage fréquent du tabac (considéré à cette époque comme une panacée) abrège la vie ( An ex tabaci usu frequenti vitæ summa brevior ? ). Même s’il continuait à prescrire saignées et lavements royaux à outrance, il se montra partisan du récent « kinkina », et lui même subit une litho­tomie en 1701 selon la méthode nouvelle d’un jeune chirurgien du roi, Georges Mareschal (1658-1736).

Sa charge de premier médecin ne se limita pas aux soins du roi. Ce petit homme frêle mit son énergie au service de la politique royale en matière de santé : il participa au projet de réforme des études médicales en France par l’édit de Marly (1707) ; il obtint d’assermenter et de contrôler de nouvelles communautés d’apothicaires en province (1708) ; il relia à la charge de premier médecin la surintendance des eaux minérales et de leur commerce à Paris (1709).

Il fut encore un des premiers médecins botanistes. Il est vrai qu’il avait été élevé dans le Jardin royal des plantes médicinales, créé par son oncle Guy de La Brosse en 1635, pour étudier et enseigner « les propriétés internes » des plantes, indépendamment de la Faculté. Son nom figure dans l’Hortus regius , riche catalogue descriptif publié sous la direction d’Antoine Vallot en 1665, et l’évolution de ses fonctions au Jardin royal suit celle de sa carrière de cour : démonstrateur de chimie et de botanique en 1671, puis intendant, et surintendant de 1699 à sa mort. Membre de l’Académie des sciences (1699), il travailla à enrichir les collections du Jardin royal et envoya des savants herboriser à l’étranger ; son disciple Joseph Pitton de Tournefort lui rendit hommage en donnant son nom à la fagonia .

Jacqueline Vons

latiniste et historienne de la médecine,

université de Tours membre de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Touraine