Philippe de La Hire

Paris, 18 mars 1640 – Paris, 21 avril 1718

Une académie à lui tout seul », écrivait Fontenelle dans son éloge de Philippe de La Hire, en 1718. Son « seul divertissement était de changer de travail », notait encore Niceron quelques années plus tard. En son temps, Philippe de La Hire passait pour être non seulement un très grand travailleur mais aussi un homme à la curiosité insatiable. Pourtant, rien ne le prédestinait à devenir cet immense savant, quelque peu méconnu aujourd’hui, il est vrai.

Philippe de La Hire, né à Paris le 18 mars 1640 d’un père peintre du roi, Laurent de La Hyre – l’orthographe diffère –, est formé très jeune à la peinture et aux règles de la perspective. Au décès de son père, il se rend en Italie et, outre-monts, améliore non seulement ses connaissances dans le dessin, mais se passionne pour les sciences. À son retour en France, en 1664, il résout du reste un problème relevant de la théorie des coniques et de la technique de la taille de pierre pour Abraham Bosse, un ami de son père. Reconnu pour ses talents dans la géométrie, il entre à l’Académie des sciences (1678). Dès lors, ses publications dans les domaines les plus variés foisonnent. Il participe à l’établissement de la cartographie de la France avec Picard puis Cassini, tout en étant reconnu comme l’un des artisans de l’essor de l’astronomie en France – il est précisément logé par le roi dans le nouvel Observatoire à partir de 1687 et publie annuellement des tables astronomiques. Il écrit un livre sur la Gnomonique, ou l’Art de tracer des cadrans ou horloges solaires (Paris, 1682) ainsi qu’un Traité de mécanique (1695). Il publie encore une histoire des mathématiques en latin d’après les manuscrits conservés dans la Bibliothèque royale (1693), ainsi qu’un traité sur l’arpentage (École des arpenteurs , 1689). Parallèlement, il se penche sur la physiologie, livrant notamment un dessin d’autruche pour l’Histoire naturelle de Claude Perrault.

La Hire est aussi reconnu en dehors de l’Académie des sciences puisqu’il est nommé professeur au Collège royal – actuel Collège de France – au poste dit « astronomi­que » (1682), puis professeur d’architecture et de géomé­trie appliquée à l’architecture par Louvois à l’Académie royale d’architecture (1687). Au sein de cette institution, il présente ses réflexions sous forme de mémoires sur des sujets toujours très variés : toisé, dessin du chapiteau ionique, forme de voûtes complexes. Pour les académiciens, il traduit même le traité d’un théoricien italien des premières années du XVIIe siècle (Scamozzi). Parallèlement, il dispense aux futurs architectes du roi un cours général d’architecture, ainsi qu’un cours spécifique sur la coupe des pierres, l’un et l’autre étant restés à l’état de manuscrits.

Ce « solitaire », pour reprendre une expression de Fontenelle, qui non seulement participe au développement de l’astronomie et des mathématiques mais sait aussi mettre ses connaissances scientifiques à la portée de tout un chacun, reste l’un des plus dignes représentants des académies colbertiennes.

Hélène Rousteau-Chambon

professeur d’histoire de l’art

université de Nantes