Fondation de La Nouvelle-Orléans

Été 1718

Découverte en 1682 par Cavelier de La Salle, la Louisiane a tardé à prendre son essor et son développement doit beaucoup aux investissements consentis par la Compagnie du Mississippi de John Law.  Le gouverneur de la colonie, Jean Baptiste Le Moyne de Bienville, obtient d’elle la création d’un comptoir à l’embouchure du fleuve en 1717. Mais ce n’est que durant l’été 1718 que La Nouvelle-Orléans sort de terre. Le choix du site par Bienville, nommé en l’honneur du régent Philippe d’Orléans, relève de la stratégie économique : contrôler le trafic du Mississippi, irriguant un vaste bassin qui s’étend sur une large partie de l’Amérique du Nord. Le portage entre le fleuve et le lac Pontchartrain, via le bayou Saint Jean, offre ainsi un accès au golfe du Mexique et à l’Europe. En revanche, le site en lui même est plus hostile. Construite sur des marais, La Nouvelle-Orléans se situe sous le niveau de la mer, obligeant à édifier des levées pour empêcher les crues récurrentes du fleuve, quand ce ne sont pas les ouragans qui viennent frapper la cité. Tracé par l’ingénieur Adrien de Pauger, le plan en damier de la cité (« Vieux Carré ») épouse la courbe du Mississippi en forme de croissant.

Si elle devient la capitale de la Louisiane en 1722 et un port florissant, La Nouvelle-Orléans peine à attirer des habitants, en raison des épidémies et des accrochages avec les tribus indiennes. Près de la moitié est constituée par les esclaves noirs travaillant dans des plantations ; mais, peu à peu, une population plus cosmopolite s’installe, où l’on trouve aussi bien des Français, des Acadiens, des Créoles, des Noirs et des Amérindiens, avant d’être complétée par une immi­gration venue des Caraïbes. De ce brassage, la cité acquiert la réputation de ville libre et joviale, mais aussi interlope, à la fin du XIXe siècle.

Passée dans le giron de l’Espagne en 1763, La Nouvelle Orléans est deux fois la proie d’incendies en 1788 et en 1794, ce qui entraîne la reconstruction d’une partie de la vieille ville, lui donnant son allure franco-espagnole actuelle. Redevenue française en 1800, elle est vendue avec la Louisiane aux États Unis par le Premier consul Bonaparte en 1803. En 1812, elle devient la capitale (jusqu’en 1849 puis de 1865 à 1880) du nouvel État ayant rejoint l’Union, avant de devenir le théâtre d’une bataille remportée par les Américains contre les Anglais en 1815.

Ce n’est finalement qu’après la guerre de Sécession que la ville s’intègre pleinement dans la société américaine. C’est ainsi en son sein que naît le jazz New Orleans au début du XXe siècle. Si l’ouragan Katrina a dévasté une partie de la ville en 2005, on peut toujours mettre en pratique le dicton cajun, même en dehors du célèbre carnaval : « Laissez les bons temps rouler. »

Gonzague Espinosa-Dassonneville

docteur en histoire