Marie Leczinska

Trzebnica (Pologne), 23 juin 1703 – Versailles (Yvelines), 24 juin 1768

Ce n’est certes pas d’avoir apposé son sceau sur le lit à la polonaise et sur la bouchée à la reine qui aura ouvert à Marie Leczinska les portes de l’immortalité.  Et comme la gloire n’était décidément pas son fait, elle reste surtout dans nos mémoires comme l’épouse bafouée de Louis XV et la rivale défaite de la ronde infernale des favorites.

En vertu de négociations tortueuses qui faisaient leur part à des calculs futiles, « Maroucha », la fille du roi de Pologne déchu, Stanislas Leczinski , épousa le tout jeune Louis XV le 5 septembre 1725 ; aux termes du traité signé avec l’Autriche, cette union inespérée offrait à son père la souveraineté de la Lorraine et promettait à la couronne de France le retour du duché à la mort de ce dernier.

L’enfant-roi aima d’abord sa femme passionnément et, de 1727 à 1733, la naissance de sept enfants, dont un fils, vint apporter la preuve de l’harmonie du ménage. Avec tendresse, Stanislas disait pourtant de sa fille que si elle était « la plus excellente princesse du monde, elle était [aussi] la plus ennuyeuse ». Faut-il voir ici la cause du détachement progressif mais rapide du roi qui, en 1733, donna à la cour le spectacle d’une première maîtresse déclarée ? Après la comtesse de Mailly, puis de ses sœurs qui la supplantèrent tour à tour, Mme de Pompadour  imposa à Versailles dès 1745 une domination sans partage qui allait durer vingt ans.

Séparés de fait en 1738, le roi et la reine assumèrent alors, avec majesté mais chacun de son côté, leur rôle de représentation. Autour de la reine et sans qu’elle y poussât, se rassembla tout naturellement le parti des dévots : le dauphin, ses sœurs « Mesdames, filles du roi », scandalisés par l’inconduite de leur père, mais aussi de pieuses et spirituelles duchesses, le président Hénault, le marquis d’Argenson, à l’occasion Helvétius. Ce cercle de gens d’esprit raisonnables, détonnant au milieu d’une cour bruyante et dissipée, ne se vouait cependant pas aux seuls exercices religieux et ne s’entretenait pas exclusivement de la défense de la cause jésuite. La reine aimait le jeu, la cavagnole par dessus tout, elle raffolait de la musique, s’essayait au dessin et à la peinture et se plaisait à lire ses correspondances. Elle-même écrivait volontiers et François Bluche ne craint pas d’affirmer qu’en tant qu’épistolière elle n’avait rien à envier à Voltaire. Avec ce dernier elle échangea quelques courriers et d’innocentes confidences.

Si le peuple l’aima, c’est peut être en raison de son infortune conjugale mais surtout pour sa charité. Faut-il croire à la rumeur de ce carrosse sortant du palais à la dérobée et sillonnant la ville, une fois la nuit tombée, poursuivi par une troupe de pauvres hères qui tombaient et trébuchaient les uns sur les autres en ramassant les écus jetés depuis la portière ? Ce qu’on sait de la délicatesse de la reine n’autorise guère à y faire foi.

Nombreux et cruels, les deuils obscurcirent les dernières années de la vie de la reine, sans pour autant lui ramener le roi. Son père bien aimé, son fils, une fille, sa belle-fille, ses amis les plus chers disparurent les uns après les autres. Elle ne leur survécut pas longtemps et une sorte de tuberculose eut raison d’elle.

Les Français pleurèrent « la reine selon le cœur de Dieu ». Certains ont même cru voir en elle une sainte.

Philippe-Georges Richard

archiviste paléographe