Louis Charles Antoine Desaix

Ayat-sur-Sioule (Puy-de-Dôme), 17 août 1768 – Marengo (Italie), 14 juin 1800

Au cours de l’éloge funèbre des généraux Kléber et Desaix, le sénateur Garat lança ce trait : « Kléber était fait pour d’autres parties du globe. Desaix pour d’autres siècles.»

Desaix n’a que huit ans lorsqu’il intègre l’école militaire d’Effiat, prélude à une formation militaire somme toute classique pour un cadet de l’aristocratie. Son avancement, à compter de 1792, est rapide : lieutenant, puis capitaine, aide de camp du général de Broglie et enfin rattaché à l’état-major de l’armée du Rhin. C’est sur ce front qu’il réalise certains de ses plus brillants exploits. Les campagnes de 1793 et de 1794 sont indécises, soumises à la désorga­nisation chronique des troupes, à la pénurie et à un encadrement sans cesse changeant. Desaix, qui a échappé aux foudres d’une dénonciation, est nommé général de brigade à titre provisoire, puis général de division. Il s’illustre sous le commandement de Pichegru, qui se dit très content de ses services. Avec des troupes peu solides, il remporte de nombreux succès sur le Rehbach, le Neckar et le Queich.

La campagne de 1796 est brillante, quoique inachevée. Après avoir soigné ses blessures gagnées sur le passage du Rhin, il part pendant quelques mois découvrir la Suisse et l’Italie. De ce séjour, il laisse des cahiers de notes remarquables. Desaix et Bonaparte ont sympathisé, lorsque Moreau a envoyé le premier à Milan. En 1798, les deux hommes s’embarquent pour l’Égypte, où Desaix gagne le surnom de « Sultan Juste » après maints faits d’armes et une adminis tration bienveillante des provinces dont il a la charge. Après la signature de la convention d’El Arish, le 24 janvier 1800, et une courte période d’emprisonnement, il regagne Toulon le 29 avril 1800. Il a tout juste le temps de revenir à l’armée qui s’apprête à repasser les Alpes pour gagner l’Italie où les Autrichiens ont repris l’offensive. Le 14 juin, quand les troupes de Bonaparte sont en difficulté, son intervention sur le champ de bataille de Marengo est décisive ; mais alors qu’il coordonne la poursuite de l’ennemi, une balle vient le frapper en plein cœur.

Le chagrin du général Bonaparte est sincère et immense. Il reste de Desaix le souvenir d’un brave, mais aussi d’un homme qui savait regarder la nature, les hommes, goûter l’air de la mer, observer une mère allaitant son enfant. Desaix n’était pas seulement un grand soldat ; c’était aussi un excellent peintre des âmes.

Vincent Haegele

archiviste paléographe