François René de Chateaubriand

Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), 4 septembre 1768 – Paris, 4 juillet 1848

Chateaubriand aura sans doute été un de nos écrivains les plus commémorés. Pour le centenaire de sa mort, la Bibliothèque nationale lui consacra une exposition générale qui coïncidait avec la première édition intégrale des Mémoires chez Flammarion. lle récidiva vingt ans plus tard pour le bicentenaire de sa naissance, en exposant cette fois une précieuse documentation, parfois inédite, concernant le voyageur et sa carrière politique, riche en péripéties. Ces manifestations contribuè­rent à remettre en lumière le personnage et à relancer la recherche biographique, littéraire et historique. Depuis soixante ans, la Société Chateaubriand publie un Bulletin annuel avec bibliographie et revue des autographes. En 1977, une nouvelle édition de la correspondance a été mise en chantier, poursuivie par Pierre Riberette, continuée par Agnès Kettler : elle en est à son tome IX et nous conduit jusqu’en 1835. C’est aujourd’hui le 250e anniversaire de sa naissance qui permet de réinscrire le nom de Chateaubriand dans le calendrier des célébrations nationales.

Nombreuses sont les raisons de cette popularité posthume à laquelle le portrait de Girodet a donné une image emblématique : une vie de bourlingueur tous azimuts et de liaisons amoureuses flatteuses (au premier rang desquelles figure Juliette Récamier, la « dame sur le sopha » peinte par David) qui fait les délices des biographes ; une œuvre littéraire très diverse qui toucha un vaste public et demeura longtemps présente dans la tradition scolaire ; enfin une carrière politique qui épousa le cours du temps et qui se situa au croisement des passions françaises (est-il de droite, est-il de gauche ? La Révolution, et après ?).

La publication tardive de ses Mémoires donnera un second souffle à ce destin hors norme et le vieil enchanteur a captivé, au cours du XXe siècle, aussi bien des écrivains comme Proust ou Céline, que des hommes de pouvoir comme Charles de Gaulle ou François Mitterrand.

« Quel roman que ma vie ! » Cette formule qu’il prête à Napoléon, le mémo­rialiste pourrait la faire sienne. Mais Chateaubriand fut aussi autre chose : le contemporain capital de toute une « génération perdue » que la Révolution déstabilisa et qui fut contrainte de vivre une véritable mutation pour entrer dans le XIXe siècle. Cette génération du passage a trop de ressemblances avec la nôtre (nous en sommes au stade de la révolution numérique) pour ne pas avoir de profondes affinités avec les aléas de notre propre modernité. On en retiendra quelques articulations décisives.

Chateaubriand commença par se révéler un véritable arpenteur planétaire, voué à découvrir « loin des anciens parapets » de nouvelles sources de poésie. Il fut ensuite un artisan majeur de la restauration religieuse et du renouveau catholique post-révolutionnaire, avant de se faire le défenseur acharné de la personne et de la liberté de la presse dans le cadre du régime parlementaire. Enfin, comme historien et comme mémorialiste, il ne cessa de poursuivre une méditation sur le temps mais aussi sur la beauté et la vanité du monde qui nous accompagne encore dans notre obscur cheminement vers un avenir incertain. Il demeure à ce titre une pièce maîtresse de notre patrimoine littéraire et de notre identité nationale.

Jean-Claude Berchet

biographe de Chateaubriand