Anne Vallayer-Coster

Paris, 21 décembre 1744 – Paris, 18 février 1818

Le 18 février 1818, mourait à Paris, rue Coq-Héron, la première femme artiste à s’être distinguée publiquement en France par son art, plus de dix ans avant ses consoeurs Vigée Le Brun et Labille-Guiard. De rares femmes – toutes épouses ou filles d’artistes – avaient été admises à l’Académie royale de peinture et de sculpture depuis 1663 et l’entrée d’Anne Vallayer dans cette institution en 1770, à l’âge de vingt-cinq ans, constitua un événement. Le graveur Wille salua cette « aimable personne [...] dont le talent est vraiment celui d’un homme parfait dans ce genre de tableaux représentant la nature immobile » : autrement dit la nature morte, genre mineur auquel les femmes étaient alors cantonnées. Ses premières œuvres dénotent l’influence de Chardin, qui venait tout juste d’abandonner la peinture (Les Attributs des arts , 1769, et Instruments de musique, 1770, musée du Louvre). Elle renouvela le genre en peignant dès 1769 deux magnifiques pendants mettant en scène, l’un des minéraux (tableau disparu), l’autre des spécimens marins (Nature morte avec panaches de mer, lithophytes et coquilles, musée du Louvre). « Ce sont des chefs-d’œuvre » s’enthousiasmait Diderot au Salon de 1771. Ces tableaux faisaient écho à la vogue nouvelle des sciences naturelles et ils furent acquis par le prince de Conti, propriétaire d’un riche cabinet de curiosités. Pendant une dizaine d’années, l’artiste a joui d’un grand renom. Les critiques la louaient pour son talent et sa grâce, les collectionneurs plébiscitaient ses compositions florales, à l’harmonie de couleurs si séduisante (Fleurs dans un vase, 1776, Dallas Museum of Art). En 1779, la reine Marie-Antoinette et le comte d’Angiviller, directeur des Bâtiments du roi, la gratifièrent de leur soutien. C’est ainsi qu’elle obtint un logement aux Galeries du Louvre et la commande d’un Portrait en pied de Madame Sophie de France, l’une des filles de Louis XV (Salon de 1781 ; un portrait en buste au château de Versailles). Marie-Antoinette lui avait entre-temps trouvé son époux, l’avocat au Parlement Jean-Pierre Silvestre Coster, et l’artiste signa désormais de son double nom Vallayer-Coster. Elle avait dès le début manifesté l’ambition de peindre des figures en exposant au Louvre des portraits et des scènes de genre (Une jeune Arabe, en pied ; Une vestale couronnée de roses et tenant une corbeille de fleurs, appartenant à la reine). Mais à partir de 1781, ses figures déçurent et l’opinion, toujours plus féroce et volontiers misogyne, engagea vivement « l’artiste femelle » à s’en tenir à la nature morte, ce « genre qui lui est propre et dans lequel elle a mérité le plus grand succès » (Observations critiques... , 1785). En fait, d’autres astres, les portraitistes Élisabeth Louise Vigée Le Brun et Adélaïde Labille-Guiard, étaient apparus, qui ravirent à Mme Vallayer-Coster sa place de créatrice d’exception. Mais, en dépit de la concurrence de Spaendonck, elle continua de peindre des natures mortes, laissant à la postérité près de quatre cents ouvrages, qui sont aujourd’hui fort prisés.

Marie-Catherine Sahut

conservateur en chef honoraire du patrimoine,

musée du Louvre